À la grotte de Lourdes, un dialogue entre le Ciel et la terre

Écoutez ou lisez l’homélie de Monseigneur Matthieu Dupont lors de la messe à la grotte de Lourdes qu’il a présidée le 8 avril dernier, lors du pèlerinage du Diocèse de Laval.

« Vous, vous êtes d’en bas ; et moi, Je suis d’en haut. »

C’est par ces paroles, relativement simples à comprendre, que Jésus se présente.
« Vous, vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut ». J’aimerais simplement, avec vous, contempler cette relation entre le Ciel et la terre. Et particulièrement ici, en cette grotte de Massabielle. En ce lieu où il y a eu comme un dialogue entre le Ciel et la terre,
entre la Vierge Marie et sainte Bernadette.

 

Ce dialogue est marqué par trois aspects : d’abord, un regard qui sauve ; ensuite, une identité révélée ; et enfin, une espérance en acte.

Un regard qui sauve

Ici, la Vierge Marie a pu s’adresser à sainte Bernadette comme à une personne.


Celle qu’on appelait « la petite merdeuse » dans les rues de Lourdes a pu dire ici en évoquant la Vierge Marie : « Elle me regardait comme une personne. » Ce regard a permis à Bernadette d’accomplir, de déployer ce qu’elle était. Ce regard a remis debout sainte Bernadette. C’est ce même regard qu’il nous faut accueillir pour nous-mêmes, très chers frères et sœurs, ici, à la grotte de Massabielle. Marie nous regarde comme une personne. Nous pouvons parfois être perçus comme les rebuts de la société, ne pas être à la hauteur… Laissons-nous regarder. Et, à notre tour, regardons ! Nous l’avons entendu dans la première lecture : il nous faut porter notre regard vers Dieu, vers ce serpent de bronze dont nous parle le Livre des Nombres, pour être sauvés. Ce serpent de bronze est préfiguration de la Croix du Christ. Il y a ici comme un regard croisé, manifesté à Massabielle : Marie, qui considère Bernadette comme une personne, et Bernadette, qui — préparant sa première communion — va pouvoir recevoir le salut en regardant la croix de Jésus. Le Salut advient pour nous dans une relation personnelle. C’est celle que nous pouvons goûter ici à Lourdes : relation personnelle avec Dieu,
mais aussi, bien sûr, relation personnelle entre nous.

Une identité révélée

Nous le savons : Jésus, et Marie ici à sa façon, s’est révélé, d’abord comme « Celui qui est ». Marie, elle, a dit : « Je suis l’Immaculée Conception. » Nous avons entendu dans l’évangile comment Jésus s’est présenté comme « Celui qui est » — Je suis. Ainsi, l’un et l’autre ont révélé leur identité profonde. « Ils sont », avant toute chose. C’est un appel pour nous : Qui suis-je ? Comment, aujourd’hui, je me définis ? Est-ce que je me définis par ma maladie ? Par mon âge ? Par ma jeunesse ? Par mes qualités ? Par mon milieu professionnel ? Et caetera…

 

Il nous est bon à Lourdes d’être révélés à nous-mêmes. Et c’est ce qui se passe dans les relations que nous vivons entre nous, particulièrement avec les personnes malades, les personnes âgées, les hospitaliers, les jeunes…

 

Comment ce regard que nous avons pu expérimenter, goûter, est aussi un regard qui nous révèle à nous-mêmes. Il n’est pas rare qu’à Lourdes, nos vocations soient révélées : vocation de prêtre, de consacré… Vocation qui se révèle parce qu’ici, à Lourdes, nous sommes appelés non pas à faire, à nous agiter — quoi que parfois, cela peut être le cas — mais nous sommes appelés à être, tout simplement. Comme Marie ici qui s’est présentée comme l’Immaculée, comme Jésus qui se présente comme « celui qui est » … Nous sommes donc appelés ici, à Lourdes, à arrêter de nous agiter, pour être, et être d’abord fils, fille bien-aimée du Père. Telle est notre vocation première, et celle qui peut nous ouvrir à d’autres vocations, qui traversent le cœur de l’un ou l’autre d’entre vous.

Une espérance en actes

Ainsi, ici, à Lourdes, nous faisons l’expérience d’un regard qui sauve dans une relation personnelle avec Dieu. Nous faisons aussi l’expérience d’être révélé à nous-mêmes, de découvrir notre identité profonde. Lourdes est aussi le lieu d’une espérance en actes. C’est si rare, l’espérance. Pour nous, elle est souvent lointaine. Mais ici, à Lourdes, nous faisons cette expérience. Marie a pu dire à Bernadette : « Je ne vous promets pas le bonheur de ce monde, mais celui de l’autre monde. » Il y a quelque chose ici, à Lourdes, d’une expérience du Ciel. Le ciel s’est ouvert, et il ne s’est jamais refermé. Ici, à Lourdes, nous pouvons goûter notre espérance, qui est le Ciel.

 

Ce qui est expérimenté ici à Lourdes, avec Marie et Bernadette, Jésus nous l’a manifesté de façon décisive. Jésus est l’envoyé du Père, il est celui qui vient du Père et qui va retourner au Père. C’est ce que nous allons fêter dans le temps de Pâques qui approche.

 

Alors nous-mêmes, entrons dans cette espérance en actes, particulièrement dans nos relations, mais aussi en goûtant la grâce de Lourdes, cette grâce du Ciel qui se continue ici. Cet appel, c’est un appel à la louange, quel que soit notre état de vie : à la louange, ensemble, tournés vers le Père — ce que nous ferons dans l’éternité. Et bien sûr, à la fraternité entre nous, cette communion des saints en actes que nous goûtons, je l’espère, chaque jour ici.

 

Très chers frères et sœurs : laissons-nous regarder comme une personne. Laissons-nous révéler à nous-mêmes, et particulièrement notre vocation. Goûtons l’espérance en acte. Ici, le Ciel s’est ouvert, et il ne s’est jamais refermé.

 

Amen.

+ Matthieu Dupont

Homélie du 8 avril 2025

Grotte de Massabielle, Lourdes

 

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