Vigile Pascale, 04 avril 2026, Homélie de Mgr Matthieu Dupont
« Accorde-nous, durant ces fêtes pascales, d’être enflammés
d’un si grand désir du Ciel. »
(Bénédiction du Feu Nouveau, rituel de la Vigile Pascale)
C’est par ces mots, il y a quelques instants, que j’ai béni le feu nouveau sur le parvis de notre cathédrale, demandant à Dieu que nous soyons enflammés d’un si grand désir du Ciel. C’est à partir du Ciel que j’aimerais, avec vous aujourd’hui, contempler ce que le baptême nous offre, ce que le baptême nous a offert et ce qu’il va vous offrir, vous qui, dans quelques instants, allez devenir Fils et Filles bien-aimés du Père. Car par le baptême, nous pouvons vivre du Ciel sur la terre. Par le baptême, nous sommes appelés à vivre dans la lumière divine, à vivre dans la louange divine et dans la communion des saints, dès ici-bas sur la terre.
- Vivre dans la lumière divine.
Tout à l’heure, lors de l’Exultet, lorsque don Bertrand a salué le cierge pascal, il a chanté : « Que la terre […] voie s’en aller l’obscurité qui recouvrait le monde entier. […] Voici la nuit où le feu d’une colonne lumineuse a dissipé les ténèbres du péché » (Exultet). Cette lumière divine nous fait déjà entrer au Ciel en éclairant nos ténèbres.
Très chers anciens catéchumènes, dans les lettres que vous m’avez écrites, un certain nombre d’entre vous — peut-être vous ici, mais aussi ceux qui sont baptisés en cette même nuit de Pâques partout en Mayenne —, vous avez pu m’évoquer certaines épreuves de la vie. Vous avez pu me partager qu’au travers de ces épreuves, la lumière du Seigneur vous a rejoint. Car c’est la lumière, qui est la première créée dans le récit de la Création, entendu tout à l’heure : « Que la lumière soit » (Gn 1,3). Lorsque Dieu parle, la lumière advient.
Nous le savons : c’est le Christ qui est notre lumière, le Christ ressuscité aujourd’hui, manifesté par ce Cierge Pascal au milieu de notre cathédrale. Saint Jean, dans son prologue, nous disait : « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée » (Jn 1,4-5). Cette lumière est le Christ, la Parole faite chair et les ténèbres du péché sont dissipées par la Parole de Dieu. Cette parole, comme « un glaive à deux tranchants » (He 4,12), nous dit l’auteur de la Lettre aux Hébreux, qui va au plus profond de notre être.
Alors, très chers anciens catéchumènes, et nous tous, anciens baptisés, nous avons à accueillir la lumière du Christ dès ici-bas sur la terre, à accueillir sa Parole intimement dans une relation avec le Christ à vivre chaque jour de notre vie, et ainsi goûter déjà la joie du Ciel.
- Vivre dans la louange divine.
Dans le même Exultet, il y a quelques instants, nous avons chanté : « Il est vraiment juste et bon de chanter à pleine voix, dans tout l’élan du cœur et de l’esprit, le Père tout-puissant, Dieu invisible » (Exultet).
Nous avons chanté la gloire de Dieu, qui est à l’opposé de tout désespoir. Le désespoir qui a pu traverser les Israélites alors qu’ils étaient pourchassés par les Égyptiens, comme nous l’avons entendu dans la deuxième lecture de la veillée. Ces Israélites qui criaient vers Dieu leur désespoir comme nous qui sommes parfois traversés par le désespoir.
C’est pourquoi, il faut nous rappeler, tout comme le Peuple d’Israël, que nous avons été choisis gratuitement et pour toujours par Dieu. C’est lui qui nous a choisis, c’est lui qui nous sauve. C’est lui qui a sauvé le Peuple d’Israël, qui a chanté : « Je chanterai pour le Seigneur, éclatant est sa gloire ; il a jeté dans la mer cheval et cavalier. Ma force et mon chant, c’est le Seigneur, il est pour moi le salut » (Ex 15,1-2). Ce chant, il est celui qui peut traverser notre cœur, tout notre être. Car nous avons été sauvés par le baptême. Nous étions morts, et par le baptême, nous devenons capables de vivre, et ainsi de louer le Seigneur.
Très chers anciens catéchumènes, vous m’avez aussi partagé vos expériences spirituelles faites dans nos églises ou encore dans le secret de votre cœur. Nous, très chers frères et sœurs, anciens baptisés, souvenons-nous, faisons mémoire de nos expériences de Dieu, de notre Histoire Sainte. Ces expériences sont l’antidote à tout désespoir car l’amour de Dieu est le fondement de notre louange. Par le prophète Isaïe, nous avons entendu Dieu nous redire : « Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle » (Is 55,3), et par le prophète Ézéchiel : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau » (Ez 36,26).
Très chers frères et sœurs, Dieu nous a choisis, Il nous a aimés, et du plus secret de notre cœur, nous sommes amenés à L’aimer et à le Louer. Telle est notre vie, c’est ce que nous vivrons au Ciel et déjà ici-bas sur la terre.
- Vivre dans la communion des Saints.
Nous l’avons aussi chanté : « Voici la nuit qui arrache au monde corrompu, aveuglé par le mal, ceux qui aujourd’hui, dans tout l’univers, ont mis leur foi dans le Christ ; nuit qui les rend à la grâce et leur ouvre la communion des saints » (Exultet).
Très chers amis, l’Église est la communion des saints en germe sur la terre, communion avec tous ceux qui sont au Ciel et qui louent le Seigneur. L’Église n’est pas d’abord une association fusse-t-elle caritative ou une organisatrice de rassemblement. L’Église, ce sont des saints qui choisissent de vivre ensemble.
C’est pourquoi, il faut nous opposer à tout rétrécissement sur nous-mêmes et ainsi ne pas tomber dans les écueils dénoncés par le prophète Baruc : « Pourquoi donc, Israël, pourquoi es-tu exilé chez tes ennemis, vieillissant sur une terre étrangère, souillé par le contact des cadavres, inscrit parmi les habitants du séjour des morts ? » (Ba 3,10-11). Nous ne sommes pas dans le séjour des morts. Nous sommes des vivants, et des vivants non pas pour nous-mêmes, mais pour le monde.
Très chers frères et sœurs, en cette nuit très sainte où le Seigneur nous a parlé, alors que certains parmi nous vont recevoir le baptême, puissions-nous raviver en nous cette fraternité fondée sur l’amour du prochain en Jésus. Saint Paul, dans la lettre aux Romains, nous appelle frères : « Nous tous qui, par le baptême, avons été unis au Christ Jésus » (Rm 6,3). La fraternité n’est pas une option de la vie chrétienne : elle est la vie chrétienne.
Et vous, chers anciens catéchumènes, vous avez goûté cette fraternité par des frères et des sœurs qui vous ont témoigné de la foi, et ainsi vous avez déjà touché quelque chose de la communion des saints dans laquelle vous allez être immergés ce soir.
Ensemble, désirons le Ciel, et désirons le vivre sur la terre par la Parole de Dieu, par la louange et la fraternité. Que la Parole de Dieu, la louange et la fraternité marquent notre soirée, mais aussi tout le temps pascal qui commence dès ce soir.
Amen.
✠ Matthieu Dupont,
Évêque de Laval