Homélie solennité de l’Epiphanie du Seigneur, 5 janvier 2026, Monseigneur Matthieu Dupont

« Lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et sa tendresse pour les hommes, il nous a sauvé. » Tite 3, 4

Très chers frères,

Je suis heureux, en ce début d’année, de pouvoir nous retrouver, nous qui avons, d’une certaine manière, la belle et grave mission de manifester « la bonté et la tendresse » de Dieu pour les hommes. Vous le savez, juste avant Noël, le pape Léon XIV a écrit une lettre apostolique adressée à tout le Peuple de Dieu, intitulée « Une fidélité qui génère l’avenir ». Cette lettre évoque le ministère presbytéral, mais elle est bien destinée à l’ensemble du Peuple de Dieu. Nous qui en sommes membres, nous sommes appelés à la recevoir au double titre de baptisé et de prêtre. J’aimerais simplement, ce soir, relever avec vous quelques aspects qui me semblent bons d’entendre ensemble, en presbyterium, en nous rappelant cette belle déclaration du Concile : « Le renouveau de l’Église entière, souhaité par tous, dépend pour une grande part du ministère des prêtres, animé par l’Esprit du Christ » (Optatam Totius Ecclesia Renovationem, 1). Mystérieusement, nous sommes donc dépositaires de cette responsabilité de participer au renouveau de l’Église, non pas par nos propres forces, mais selon l’Esprit du Christ.

Dans sa lettre apostolique, le pape Léon XIV a voulu rendre grâce pour la fidélité. Cette fidélité, telle qu’elle apparaît dans cette lettre, est d’abord et fondamentalement un don de Dieu. Ce don de Dieu dont nous parle le pape Léon XIV est à comprendre : « A travers le prisme de la fidélité, qui est à la fois grâce de Dieu et chemin constant de conversion » (Une fidélité qui génère l’avenir, 4). C’est une grâce d’être fidèle au don que nous avons reçu et c’est un appel à la conversion. En ce début d’année, il ne s’agit donc pas tant de prendre de bonnes résolutions que de reconnaître ensemble le triple don que nous avons reçu à l’ordination : le don de la fraternité, le don de la mission et le don de la vocation.

FRATERNITÉ

La fraternité est un don reçu à l’ordination. Je n’ai de cesse de nous exhorter à la vivre, moi qui vis encore aujourd’hui seul dans un évêché, ce qui est quelque peu paradoxal. Cette fraternité, pourtant, nous la vivons déjà réellement. Beaucoup d’entre nous la vivent sous un même toit, d’autres en rejoignant sa fraternité régulièrement. Certains la vivent selon des formes particulières, comme les frères de la Cotellerie ou de la communauté Saint-Martin. Mais cette fraternité n’est pas réservée à quelques-uns ; car en effet comme nous le dit le pape Léon XIV « La fraternité presbytérale, […], avant même d’être une tâche à accomplir, est un don inhérent à la grâce de l’ordination » (Une fidélité qui génère l’avenir, 14). D’une certaine façon nous avons reçu aussi la grâce de pouvoir vivre en fraternité. Le Pape Léon XIV nous rappelle ce que le pape François nous disait à temps et à contre-temps : le ministère presbytéral repose sur trois relations qui ne peuvent pas s’opposer. Le pape Léon XIV nous dit : « J’en arrive à un point qui me tient particulièrement à cœur. […] trois coordonnées fondamentales : la relation avec l’évêque qui trouve dans les prêtres « des auxiliaires et des conseillers indispensables », avec lesquels il entretient une relation fraternelle et amicale ; la communion sacramentelle et la fraternité avec les autres prêtres, […] ; la relation avec les fidèles laïcs au milieu desquels les prêtres, avec leur tâche spécifique, sont des frères parmi les frères » (Une fidélité qui génère l’avenir, 20). Ces trois relations : avec l’évêque, entre frères prêtres et avec le Peuple de Dieu sont constitutives de notre ministère. Le pape Léon XIV précise : « Tout pasteur doit constamment se rappeler qu’il est lui-même disciple du Maître, avec ses frères et sœurs » (Une fidélité qui génère l’avenir, 9).

Cette fraternité est un chemin que nous parcourons ensemble. Elle est un appel à la communion. Le pape Léon XIV évoque cette communion en nous rappelant que « l’accueil des différents charismes dans une synthèse […] consolide la communion du presbyterium » (Une fidélité qui génère l’avenir, 18). Je pense ici à nos frères venus d’ailleurs, Fidei donum, qui apportent leur charisme à notre Presbyterium tout comme nos frères prêtres religieux. Le pape va même plus loin en évoquant « La beauté d’une Église faite de prêtres et de diacres qui collaborent, unis par la même passion pour l’Évangile et attentifs aux plus pauvres, devient un témoignage lumineux de communion » (Une fidélité qui génère l’avenir, 18). La fraternité est ce don reçu dont nous vivons, ou du moins que nous essayons de vivre, et que nous sommes appelés à continuer de recevoir pour en vivre davantage.

MISSION

La mission est elle aussi un don reçu à l’ordination. Le pape Léon XIV a cette belle phrase : « L’harmonie entre contemplation et action ne doit pas être recherchée à travers l’adoption précipitée de schémas de fonctionnement ou par un simple équilibre des activités, mais en plaçant la dimension pascale au centre du ministère » (Une fidélité qui génère l’avenir, 25). La mission n’est donc pas d’abord une technique ou un zèle qui pourrait prêter le flanc à l’activisme mais fondamentalement la reconnaissance que le mystère de notre vie est pascal. C’est-à-dire qu’il est marqué par la mort et la résurrection de Jésus. Ainsi la mission surgit de cette consécration « pascale ». Elle est comme la continuité et l’authentification de notre sacerdoce.

Le pape Léon XIV, citant saint Jean-Paul II, nous rappelle que nous sommes ordonnés prêtres « pour l’Église ». Ainsi, il dit « […] le prêtre doit « disparaître pour que le Christ demeure, se faire petit pour qu’Il soit connu et glorifié (cf. Jn 3, 30), se dépenser jusqu’au bout pour que personne ne manque l’occasion de Le connaître et de L’aimer » (Une fidélité qui génère l’avenir, 25). Ainsi, nous serons véritablement missionnaires si nous entrons dans cette logique qui est celle de la mort et de la résurrection, que nous célébrons chaque jour lors de l’Eucharistie, et au cours de laquelle nous désignons Jésus.

VOCATION

Enfin, par le sacerdoce, nous avons répondu à un appel particulier : celui de notre vocation. En ce début d’année, il est sans doute bon de revenir à ce que le pape François appelait notre « mémoire vocationnelle ». Le pape Léon XIV nous invite à « nous souvenir avec passion du son de la voix du Seigneur qui nous aime, nous choisit et nous appelle » (Une fidélité qui génère l’avenir, 5). Très chers frères, si nous sommes ici ce soir, c’est bien parce que, d’une manière ou d’une autre, nous avons entendu cet appel. Cette fraîcheur de l’appel, il nous faut parfois la raviver car les années peuvent rendre lointain l’appel du Seigneur. Faisons mémoire ce soir avec passion du son de Sa Voix et entendons une nouvelle fois comment « la vocation au ministère ordonné grandit comme un don de soi à Dieu et, par conséquent, à son Peuple saint » (Une fidélité qui génère l’avenir, 6). En effet, notre vocation est portée par la charité pastorale, tout entière orientée vers le Peuple de Dieu. Telle est la beauté unique du ministère de prêtre, et tout particulièrement du ministère de prêtre diocésain ; se donner à un peuple concret, ici en Mayenne.

Alors très chers frères, veillons à notre vie spirituelle. Veillons à goûter la relation avec Celui qui nous a appelé. « L’obéissance à l’appel se construit chaque jour à travers l’écoute de la Parole de Dieu, la célébration des sacrements – en particulier dans le Sacrifice eucharistique –, l’évangélisation, la proximité aux derniers et la fraternité presbytérale, en puisant dans la prière » (Une fidélité qui génère l’avenir, 7) : voilà une charte à reprendre en ce début d’année ; elle est simple et exigeante.

Enfin, au terme de son message, le pape appelle de tous ses vœux « une Pentecôte vocationnelle renouvelée dans l’Église » (Une fidélité qui génère l’avenir, 27). Le ministère presbytéral est indispensable à la vie de l’Église, et c’est pourquoi il nous invite à renouveler notre prière. C’est pourquoi vous recevez un signet, qui sera dorénavant prié à chaque fois que je rejoindrais une communauté, le dimanche ou un autre moment, pour tout simplement demander les prêtres dont nous avons besoin, tout simplement demander avec confiance au Seigneur d’envoyer des ouvriers à sa moisson. Vous le savez, au mois de décembre dernier, juste avant Noël, j’ai rencontré treize jeunes hommes habitant en Mayenne, venus échanger avec moi sur le ministère de prêtre et de prêtre diocésain. L’année précédente, ils étaient quatorze. Ces jeunes ont la grande simplicité de se laisser éclairer. Cela nous invite à la confiance.

Très chers frères, je voudrais conclure en vous remerciant en ce début d’année. Par votre ministère, vous participez réellement au renouveau de notre Église en Mayenne, un renouveau fraternel, missionnaire et vocationnel. Je veux simplement vous redire ma joie de servir avec vous et de vous servir. Amen.

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