Faire vivre son clocher, une mission pour tous les baptisés
Dans nos campagnes mayennaises, les clochers continuent de rythmer la vie de nos villages. Derrière ces édifices qui ponctuent nos paysages, des hommes et des femmes s’engagent discrètement pour que les églises demeurent des lieux vivants de prière, de rencontre et de témoignage. À Thubœuf, cet engagement prend aujourd’hui un visage concret, avec de nombreuses propositions qui permettent aux chrétiens du village de se retrouver.
« Nous ne pouvons pas laisser nos églises devenir des déserts », rappelle Olivier Bozo, habitant de Thubœuf et paroissien de Saint-Fraimbault-en-Lassay
Cette conviction l’habite depuis plusieurs années. Pour lui, prendre soin d’une église ne consiste pas seulement à entretenir un bâtiment. C’est avant tout faire vivre une communauté chrétienne et manifester la présence du Christ au cœur du monde rural.
Faire vivre son clocher, une occasion de témoigner de notre vie chrétienne
« Quand on entend les cloches sonner, quand on voit la porte de l’église ouverte, on se dit qu’il y a des gens qui vivent ici, qu’il y a des chrétiens qui se rassemblent. Cela peut susciter des questions et ouvrir un chemin vers la foi », explique le père Maxime Beucher, prêtre du diocèse de Laval en mission sur ce territoire.
Pour Olivier Bozo, cette prise de conscience a été accompagné par la rencontre avec l’association des Priants des campagnes, il y a 5 ans. La vocation de l’association nationale est simple : provoquer des rassemblements dans les églises pour prier ensemble. Une mission qui trouve aujourd’hui un écho particulier dans l’appel lancé par Monseigneur Matthieu Dupont, notre évêque, à développer des fraternités au pied des clochers au sein des espaces missionnaires.
« C’est rejoindre l’intuition de notre évêque qui souhaite voir naître des fraternités au niveau de chaque clocher », souligne Olivier Bozo. « Ce que nous avons commencé à Thubœuf, j’aimerais le voir essaimer dans les communes voisines. »
À Thubœuf, cette dynamique s’est traduite par de nombreuses initiatives. En 2022, les bénévoles ont relancé la confection de la crèche de Noël et organisé une veillée de prière autour de celle-ci, réunissant déjà plusieurs dizaines de personnes. Deux ans plus tard, la présence réelle a été réinstallée dans l’église Saint-Martin, un moment fort pour la communauté locale.
Tout au long de l’année, les occasions de se retrouver se multiplient et s’élargissent aux différents clochers de la paroisse Saint-Fraimbault-en-Lassay : chapelet itinérant dans plusieurs clochers de la paroisse durant le mois d’octobre, temps de prière pendant le Carême, préparation de supports de prière à disposition des visiteurs ou encore organisation des rogations, ces processions traditionnelles qui confient à Dieu les travaux des champs et les récoltes.
Ces rendez-vous permettent à chacun de trouver sa place. Certains prennent soin du bâtiment, d’autres préparent les célébrations, accueillent les visiteurs ou animent les temps de prière. Tous participent à une même mission : rendre l’Église présente au plus près des réalités quotidiennes.
Pour père Maxime, prendre soin du clocher et prendre soin de la fraternité sont deux dimensions indissociables :
« En prenant soin de l’église, nous prenons soin de notre fraternité. Et en prenant soin de notre fraternité, nous prenons soin de l’église. Tout est lié. »
Ces fraternités répondent aussi à une attente profonde de notre époque. Dans un monde marqué par l’isolement et la quête de sens, une église ouverte, accueillante et entretenue peut devenir un lieu de recueillement pour ceux qui cherchent Dieu ou souhaitent simplement faire une pause.
« Voir une église ouverte et propre permet de favoriser le recueillement, la prière et l’ouverture à la dimension spirituelle », rappelle-t-il.
Loin de vouloir remplacer les prêtres ou compenser la diminution de leur nombre, ces initiatives s’inscrivent dans une complémentarité des vocations. Les laïcs y vivent pleinement leur baptême tandis que les ministres ordonnés accompagnent et soutiennent cette vitalité locale.
« Nous ne sommes pas à côté des prêtres, nous sommes avec eux », insiste Olivier Bozo.
À travers ces fraternités au pied des clochers, c’est une certaine manière d’être chrétien aujourd’hui qui se dessine : une foi vécue dans la proximité, la prière, le service et la fraternité. Une réponse concrète aux défis du monde rural, mais surtout une invitation à redécouvrir que chaque baptisé est appelé à être missionnaire.
Car, comme le père Franck Viel, vicaire épiscopal de l’Espace missionnaire « un chrétien seul est un chrétien en danger ». Plus que jamais, les clochers de nos villages ont besoin de femmes et d’hommes qui les fassent vivre.