Homélie Messe d’action de grâce à l’Abbaye Notre-Dame du Port du Salut
Messe d’action de grâce à l’Abbaye Notre-Dame-du-Port-du-Salut,
homélie de Monseigneur Matthieu Dupont,
le dimanche 19 octobre 2025.
« Je me tiens, comme Moïse, sur le sommet de la colline » (Exode 17, 8-13)
C’est par ces mots que Moïse prit sa place tandis que Josué combattait les Amalécites.
Très chers frères, depuis 210 ans, ici, vous vous tenez sur le sommet de la colline. Depuis 210 ans, vous veillez sur notre diocèse et, plus largement, sur tous ceux qui ont eu besoin de vous. Depuis 210 ans, vous nous offrez ici un témoignage : celui d’une prière fidèle, vécue dans la foi. C’est pourquoi j’aimerais avec vous, nous redire que Notre-Dame du Port du Salut demeurera un témoignage de la foi vivante de notre humanité. Ce témoignage, vous l’avez porté ; nous le porterons.
Ce témoignage, c’est d’abord celui d’une humanité qui a le droit de vieillir, celui d’une humanité toujours appelée à la communion avec Dieu, et celui d’une humanité qui continue d’apprendre.
- Une humanité qui a le droit de vieillir
En effet, notre humanité est marquée par le vieillissement — une réalité souvent insupportable pour notre temps. On voudrait magnifier l’âge d’or de la jeunesse, et l’on en vient parfois à mépriser la vieillesse, comme si elle était une déchéance. Dans la première lecture, nous avons entendu comment Moïse, à sa manière, a vu ses mains s’alourdir (Ex 17, 12).
Très chers frères, ici aussi, vos mains se sont alourdies. Il nous faut humblement le reconnaître, sans faux-semblant. Mais les mains alourdies ne disent pas autre chose qu’une sagesse que la vieillesse nous révèle. Cette sagesse encore une fois, que notre temps peine à accueillir : celle de consentir à s’en remettre à un autre, à d’autres comme Moïse sur le sommet de la colline. Notre époque valorise la toute-puissance, l’indépendance, et l’illusion de n’avoir besoin de personne. Ici, vous nous montrez avec simplicité que vous avez besoin — besoin de nous, comme vous avez eu besoin les uns des autres tout au long de votre vie communautaire. Il nous faut recueillir votre témoignage et ne pas céder à un certain « jeunisme » qui nous conduirait à passer à autre chose. Notre humanité a le droit de vieillir à tout âge. Et ici, certainement, ce témoignage va continuer à se déployer autrement : en accompagnant la maturité nécessaire de l’homme, celle qu’il doit acquérir dans sa jeunesse, et celle, plus profonde encore, qu’il découvre au terme de sa vie.
Ce témoignage, vous l’avez porté ; nous le porterons.
- Une humanité qui est toujours appelé à la communion avec Dieu
L’humanité est aussi appelée à la communion avec Dieu. Cette communion, vous l’avez vécue ici, particulièrement dans l’office divin mais aussi dans la lectio divina. Vous avez été des amoureux de l’Écriture, à l’image de saint Bernard de Clairvaux qui disait : « Quand je lis la Sainte Écriture, ce n’est pas la science que je cherche, mais la voix de celui que mon âme aime. » (Sermon 74 sur le Cantique des cantiques). Cette abbatiale, vos cellules : cette abbaye a été le lieu de votre amitié intime avec Dieu, par sa Parole. Vous l’avez vécu, nous le recevons. Vous avez aussi vécu la communion des saints, telle que la règle de saint Benoît la décrit : « Ils s’obéiront mutuellement de tout leur cœur. » (Règle, chapitre 72). Bien sûr, je n’idéalise pas la vie monastique. Mais nous avons à recevoir ce que vous avez tenté de vivre, pour le vivre ici à notre tour. Ici, la Parole de Dieu continuera à être annoncée. Ici, la communion avec Dieu demeurera notre boussole. Ici, une communauté nouvelle, éducative, continuera à recueillir votre témoignage et à le manifester à tous. Et cette communion des saints, nous continuerons à la vivre mystérieusement avec les frères décédés qui reposent ici, dans votre cimetière. Nous nous souviendrons d’eux, de ce témoignage que vous nous avez offert, et que nous voulons continuer à offrir.
Ce témoignage n’est pas du passé. Vous le savez : la communion en Dieu dépasse le temps et l’espace. Ces 210 ans seront féconds. Ils seront féconds car par la mort et la résurrection de Jésus, ils continueront à être féconds dans les temps qui viennent, comme ils l’ont été pour les temps passés. Cette fécondité nous oblige. Cette fécondité, nous la recevons, et nous voulons en rendre témoignage.
Ici, vous nous avez rendu le témoignage de la foi, d’une humanité qui a le droit de vieillir, d’une sagesse qui advient, d’une humanité appelée à la communion avec Dieu, entre nous, au-delà du temps et de l’espace. Et vous nous avez offert aussi le témoignage de la foi de l’humanité qui continuera à apprendre.
- Une humanité qui continuera d’apprendre
Nous avons entendu, dans la deuxième lecture, comment saint Paul exhorte Timothée : « Demeure ferme dans ce que tu as appris. » (2 Tm). « Abbaye Notre-Dame du Port-du-Salut, demeure ferme dans ce que tu as appris ! »
Depuis 210 ans, cette abbaye a appris, cette abbaye a reçu. Ces murs ont été le lieu de l’apprentissage, et ils disent beaucoup — parfois plus qu’une règle. Ces murs, il nous faut les accueillir par la sagesse qui s’en dégage. Saint Paul nous dit encore que, grâce à l’Écriture, « l’homme de Dieu sera accompli, équipé pour faire toutes sortes de bien. » (2 Tm). Ici, nous allons recevoir notre propre équipement, après avoir appris de vous, pour pouvoir continuer, cette œuvre d’apprentissage.
Très chers frères, vous avez appris à cette terre de la Mayenne à accueillir la Parole de Dieu dans la prière, le travail et la vie communautaire, à la louange de Dieu.
Nous sommes redevables de cet apprentissage, et nous le serons toujours. Saint Paul disait encore à Timothée : « Toute l’Écriture est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice. » (2 Tm). Ce que vous avez vécu ici sera le creuset de ce que nous vivrons en communion avec vous.
Conclusion : Le droit de vieillir. La communion. L’apprentissage.
« Cependant, le Fils de l’Homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18, 8). Cette question demeure, et elle nous oblige. Chaque génération la reçoit, et chaque génération est appelée à y répondre. Avec vous, après vous, nous continuerons d’y répondre ici.
Comme le disait saint Bernard : « L’humilité de Marie a été l’échelle du ciel. » (Sermon sur la Vierge Mère II, 2).
Que nous puissions, en ce lieu où Marie est honorée et le sera encore, vivre avec elle un chemin de foi qui sera marial. Que nous puissions, avec elle et en communion avec vous, retenir tous ces événements vécus ici et les méditer dans notre cœur (cf. Lc 2, 19). Ce chemin est le vôtre. Il est aussi le nôtre.
Amen.