Homélie des 170 ans du diocèse de Laval

« J’ose encore parler ».

C’est par ces mots, qu’Abraham s’est adressé à Dieu, plusieurs fois, à propos de Sodome : « J’ose encore parler », priant Dieu d’épargner Sodome. II y a 170 ans, de telles prières étaient déjà portées par les voix des chanoines du chapitre cathédral. En effet, le chapitre est le seul organe du diocèse qui a perduré durant toute son histoire. Pas de conseil épiscopal, pas de conseil presbytéral … En 1855, l’évêque gouvernait avec le chapitre, qui avait la charge de l’aider dans la direction spirituelle et temporelle du diocèse. Ce chapitre cathédral est-il un simple vestige de notre histoire ? Je ne le crois pas. C’est pourquoi, aujourd’hui, alors que nous fêtons les 170 ans de notre diocèse, j’aimerais prendre le chapitre cathédral comme un fil de notre histoire. Car, en 2025, ce chapitre cathédral continue à me conseiller collégialement, à prier avec moi pour le diocèse et est enraciné dans notre diocèse, notre département.

Conseiller, prier, être enraciné.

Conseiller. Le chapitre cathédral est, d’une certaine façon, l’ancêtre du conseil épiscopal, qui aujourd’hui est constitué de prêtres, de laïcs, hommes et femmes, pour conseiller l’évêque dans le gouvernement du diocèse. En 1919, notre chapitre avait un membre éminent : le futur cardinal Emmanuel Suhard. Né à Brains-sur-les-Marches, le 5 avril 1874, il fait partie de ces figures mayennaises qui ont marqué l’Église de France, en devenant archevêque de Paris et précurseur du Concile Vatican II. Je pense notamment à sa fameuse lettre pastorale d’après-guerre : Essor ou déclin de l’Église, où déjà était présent, comme en germe, le regard que le concile Vatican II, dans sa constitution Lumen Gentium, allait porter sur l’Église. Ce membre éminent de notre chapitre a pu conseiller l’évêque du moment, même si les relations étaient plutôt tendues entre eux. Car, en effet, le chapitre cathédral, à l’époque, était ce lieu du « contre-pouvoir » du ministère épiscopal : un « contre-pouvoir » collégial. Dans ce chapitre, nous pouvons y voir les prémisses de la culture synodale qui aujourd’hui prévaut dans l’Église. Cette culture qui vise à ce que l’exercice du ministère épiscopal ne soit pas solitaire, mais soit uni à tout le Peuple de Dieu. Le chapitre cathédral d’alors en était le germe, aujourd’hui déployé dans les différents conseils de l’évêque : conseil presbytéral, conseil diocésain aux affaires économiques ou encore conseil pastoral diocésain… C’est, pour nous, un appel ! Notre dernier synode diocésain dans sa deuxième loi nous exhortait à “vivre la mission de l’Église dans la communion des états de vie“. Notre diocèse est composé de tant d’états de vie : des religieux, des religieuses, des laïcs bien sûr, des prêtres de différentes origines. Et nous avons à répondre à l’appel à la communion, à l’unité que le Seigneur ne cesse de nous envoyer. Et je crois que c’est une grâce de notre diocèse : celle de l’unité. Et peut-être plus largement, une grâce que nous avons aussi à veiller à faire rayonner dans notre département de la Mayenne. Ainsi, le chapitre cathédral nous rappelle l’importance des conseils de l’évêque. Aujourd’hui, je veux vous redire ma détermination pour que ces conseils puissent agir pleinement pour l’annonce de l’Évangile en notre département — une annonce vécue dans l’unité.


Si le chapitre cathédral était appelé à conseiller, il est encore appelé — et il l’a toujours été — à prier. Les stalles de notre cathédrale ne sont pas décoratives. Elles sont ce lieu où les chanoines prenaient place pour prier les offices de Laudes ou de Vêpres aux intentions du diocèse. Aujourd’hui, ces stalles sont peut-être moins habituellement occupées par les chanoines, mais ce matin, en réunissant le chapitre à l’évêché, j’ai pu confirmer aux chanoines cette mission de prier, en leur confiant une prière particulière pour notre diocèse. De plus, ces stalles du chœur nous rappellent aussi l’importance de la vie consacrée dans notre diocèse. Notre diocèse, bien avant sa fondation, est une terre d’ermites, de moines, de moniales. Ces moines ont forgé notre territoire, l’ont défriché, humanisé … et ainsi transformé en cette Mayenne que nous connaissons. Notre Mayenne est une terre qui prie. Les clochers de nos églises nous le rappellent sans cesse. Notre Mayenne est une terre mariale. Nos quatre basiliques nous le rappellent : Notre-Dame d’Avesnières à Laval, Notre-Dame de l’Épine à Évron, Notre-Dame des Miracles à Mayenne, et bien sûr, Notre-Dame de Pontmain à Pontmain. Cette terre mariale est porteuse d’une culture, d’un esprit, d’une disponibilité à l’Esprit-Saint vécue tout au long de ces 170 ans. En janvier 1871, la Vierge Marie, elle-même, venait nous visiter dans un des recoins de notre diocèse. Non pas la plus belle paroisse, non pas la plus grande, non pas celle qui brillait : la paroisse humble de Pontmain, guidée par son curé, l’abbé Michel Guérin. Et là, la Vierge Marie nous laissait un message qu’il nous faut sans cesse laisser retentir à nos oreilles : Mais priez, mes enfants. Dieu vous exaucera en peu de temps. Mon Fils se laisse toucher.” Cette terre mariale qu’est la Mayenne est une terre de la prière. Il nous faut donc entendre aujourd’hui encore cet appel renouvelé à la prière. Ce que notre dernier synode diocésain nous rappelait dans sa première loi : “Vivre la transformation missionnaire de l’Église dans la prière personnelle et communautaire”. Ce que nos communautés religieuses nous rappellent sans cesse aujourd’hui. Je pense aux moines et aux moniales, je pense aussi à tous ces religieux et religieuses apostoliques qui témoignent de l’importance de la prière. Alors, n’oublions pas le message de la Vierge Marie : que notre prière soit large, non pas pour nous-mêmes, mais pour tout notre département, et ses plus de 300 000 habitants.


Enfin, le chapitre cathédral est enraciné ici, en notre département. Et il est bon, aujourd’hui, pour moi, de faire mémoire du Père Joseph Bouleau, chanoine du chapitre, dont le premier ministère fut à Saint-Pierre-des-Landes, dans le grand nord-est de notre département — bien loin de Laval ; alors que son dernier ministère était, ici, à la cathédrale, où il rendait d’humbles services sur la paroisse. À travers cette figure du Père Joseph Bouleau, nous pouvons évoquer notre département, toutes les communautés paroissiales, fraternelles qui y œuvrent — et je pense une nouvelle fois aux Sœurs de la Charité Notre-Dame d’Évron. Être enraciné, ce n’est pas être recroquevillé sur soi-même. C’est avoir des racines, c’est-à-dire oser une certaine radicalité. Ce mot ne sonne pas bien aujourd’hui, et pourtant, il nous faut bien être “de quelque part”. Saint François de Sales aimait dire : “Si tu ne pars pas d’où tu es, tu n’arriveras nulle part.” Eh bien, que notre terre mayennaise, avec ses traditions, sa culture, puisse être bien campée sur ces jambes — non pas pour rester figée en 1855, ce serait se tromper, mais pour pouvoir continuer à témoigner de sa foi vivante. Le pape Léon XIV la semaine dernière, a reconnu le martyre d’un jeune Lavallois : Jean Préhu, scout à Laval, baptisé à Avesnières, mort en témoin de la foi en Allemagne, lors de la Seconde Guerre mondiale. Il n’était pas seul. Ils étaient cinquante, issus de notre pays. Cinquante Français — prêtres, laïcs — à avoir témoigné de leur foi particulièrement dans le cadre du Service du Travail Obligatoire (STO). Leur témoignage s’est appuyé sur leurs racines. Ils ont vécu au loin leur foi. Notre dernier synode diocésain nous y invitait dans sa sixième et dernière loi : “Au-delà du seul accueil, sortir pour nous laisser envoyer en mission”. Nos racines sont certes mayennaises, mais elles sont surtout évangéliques. Alors, n’ayons pas peur d’être des radicaux de l’Évangile, en servant les plus pauvres, en annonçant simplement notre foi en la mort et la résurrection de Jésus.


Que cet anniversaire des 170 ans, vécu simplement dans notre cathédrale, en présence du chapitre, d’un grand nombre de prêtres et de vous chers frères et sœurs, soit l’occasion pour nous de continuer à recevoir ces trois appels que le chapitre cathédral nous renvoie : vivre la synodalité, prier et être enraciné dans l’Évangile afin que nous soyons cette Église du XXIe siècle dont le monde a besoin.

Amen.

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