Solennité de la Toussaint : tous appelés à devenir des saints !
Chaque année, le 1er novembre, l’Église célèbre la Toussaint. Souvent associée aux fleurs déposées sur les tombes et confondue avec la commémoration des défunts, cette fête est avant tout une célébration de la vie. Elle nous rappelle que les saints ne sont pas seulement des figures exceptionnelles du passé : ils sont aussi des hommes et des femmes ordinaires qui, jour après jour, ont choisi d’aimer, de servir et de faire confiance à Dieu. Et si la sainteté était un chemin ouvert à chacun de nous ?
La Toussaint, une fête tournée vers la vie
La Toussaint est une fête parfois mal comprise. Dans l’imaginaire collectif, le début du mois de novembre évoque surtout les cimetières, les chrysanthèmes et le souvenir des proches disparus. Pourtant, si ces gestes ont toute leur place dans la tradition chrétienne, ils ne constituent pas le cœur de la Toussaint. Le 1er novembre, l’Église célèbre tous les saints, connus et inconnus, qui vivent dans la présence de Dieu. Le lendemain, le 2 novembre, elle fait mémoire de tous les fidèles défunts et prie pour eux.
Ces deux journées sont intimement liées, mais elles ont chacune leur signification. La Toussaint est une fête de joie : elle nous donne à contempler la multitude de celles et ceux qui ont répondu à l’appel de Dieu et sont désormais dans sa lumière. La commémoration des fidèles défunts est, quant à elle, un temps de prière et de souvenir pour ceux qui nous ont quittés. Ensemble, elles expriment une conviction centrale de la foi chrétienne : la mort n’a pas le dernier mot.
Tous les saints, bien au-delà des figures célèbres
Lorsque nous parlons des saints, nous pensons spontanément à saint Carlo Acutis, sainte Thérèse de Lisieux, saint Vincent de Paul ou encore à d’autres grandes figures de l’histoire de l’Église. Leurs vies, leurs écrits et leurs engagements ont profondément marqué leur époque. L’Église reconnaît officiellement certains d’entre eux par la canonisation et les propose comme modèles de vie chrétienne.
Mais la Toussaint ne se limite pas à la célébration de ces saints canonisés. Elle est aussi la fête de tous ceux dont la sainteté n’a jamais été publiquement reconnue. Parmi eux se trouvent des parents, des grands-parents, des prêtres, des religieux, des personnes engagées au service des autres, mais aussi des hommes et des femmes qui ont vécu leur foi dans la discrétion, sans accomplir d’action spectaculaire.
Certains n’ont laissé aucun écrit, aucune œuvre remarquable, aucun souvenir connu au-delà de leur entourage. Ils ont simplement aimé, pardonné, accompagné, consolé et persévéré dans la foi. Ils ont pris soin de leurs proches, soutenu une personne isolée, donné du temps à un voisin ou traversé une épreuve sans renoncer à l’espérance. Ces gestes, parfois invisibles aux yeux du monde, ont pourtant une grande valeur aux yeux de Dieu.
La sainteté ne se mesure donc ni à la célébrité, ni à la réussite sociale, ni à l’importance des responsabilités exercées. Elle se révèle dans une manière de vivre, de regarder les autres et de répondre à l’amour de Dieu. Elle peut se déployer dans les grandes décisions comme dans les gestes les plus ordinaires du quotidien.
La Toussaint nous invite ainsi à élargir notre regard. Elle nous rappelle que le Royaume de Dieu est peuplé d’une multitude de visages, dont beaucoup nous sont inconnus. Elle nous donne aussi l’espérance de retrouver un jour ceux que nous avons aimés et qui nous ont précédés dans la foi.
La sainteté, une vocation pour chacun
La fête de la Toussaint ne nous invite pas seulement à admirer les saints. Elle nous rappelle également que la sainteté est une vocation commune à tous les baptisés.
Dans l’Évangile, Jésus ne réserve pas son appel à une élite. Il s’adresse à ses disciples et à la foule qui le suit. Il leur montre un chemin de vie fondé sur l’amour, la miséricorde, la justice, la paix et la confiance en Dieu. Être saint ne signifie pas être parfait au sens où l’on ne commettrait jamais d’erreur. Il s’agit plutôt de se laisser transformer par l’amour du Christ, de reconnaître ses limites et de revenir à Dieu lorsque l’on s’en éloigne.
La sainteté se construit progressivement, au fil des rencontres et des événements de la vie. Elle demande parfois du courage.
Chacun peut ainsi avancer sur ce chemin à partir de sa propre situation. Un parent peut grandir dans la sainteté en éduquant ses enfants avec patience et bienveillance. Un professionnel peut la vivre en accomplissant son travail avec honnêteté. Une personne âgée ou malade peut continuer à témoigner de la foi par sa présence, sa prière et sa confiance. Un jeune peut choisir de ne pas suivre le groupe lorsqu’il s’agit de se moquer d’un camarade ou d’exclure quelqu’un.
Il ne s’agit pas de multiplier les exploits, mais de laisser Dieu agir dans notre vie et de lui donner une place toujours plus grande. La Toussaint nous rappelle que personne n’est exclu de cet appel. Chacun, avec son histoire, ses talents et ses fragilités, est invité à devenir un témoin de l’amour de Dieu.
Les Béatitudes : le chemin concret de la sainteté
Comment devenir saint dans un monde traversé par les conflits, les injustices, les rivalités et les inquiétudes ? Comment vivre l’Évangile dans nos familles, au travail, dans nos engagements et jusque dans les moments les plus difficiles de notre existence ?
Pour répondre à ces questions, l’Église nous invite à relire les Béatitudes. Dans l’Évangile selon saint Matthieu, au chapitre 5, Jésus prononce ces paroles au début du Sermon sur la montagne. Elles constituent l’un des textes fondamentaux de la foi chrétienne. Elles dessinent le visage de ceux qui accueillent le Royaume de Dieu et nous indiquent un chemin de bonheur qui ne ressemble pas toujours à celui que le monde propose.
« Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des Cieux est à eux. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux. »
Ces paroles peuvent surprendre. Jésus déclare heureux ceux qui pleurent, ceux qui sont persécutés ou ceux qui se savent pauvres. Il ne fait pourtant pas l’éloge de la souffrance et de l’injustice. Il annonce que Dieu rejoint les personnes dans leur fragilité et que le bonheur véritable ne dépend pas uniquement de la réussite, de la richesse ou de la reconnaissance des autres. Il ouvre une perspective nouvelle : celle d’une vie qui trouve sa source en Dieu.
Parmi ces Béatitudes, celle des pauvres de cœur mérite une attention particulière. Elle éclaire notre rapport aux biens matériels, aux autres et à Dieu.
Être pauvre de cœur : reconnaître que nous avons besoin de Dieu
« Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des Cieux est à eux. »
La pauvreté évoque spontanément le manque. Elle peut être matérielle, lorsque l’on ne dispose pas des ressources nécessaires pour vivre dignement. Elle peut aussi concerner les capacités, les talents ou les possibilités dont une personne dispose. Cette pauvreté, lorsqu’elle est subie, peut entraîner des difficultés profondes et ne doit jamais être idéalisée. La foi chrétienne appelle au contraire à lutter contre la misère et à soutenir ceux qui en souffrent.
La pauvreté de cœur dont parle Jésus désigne une autre réalité. Elle ne dépend pas du niveau de vie. Une personne riche peut être pauvre de cœur, tandis qu’une personne matériellement démunie peut être attachée à ses intérêts et refuser de partager. Il s’agit d’une attitude intérieure : reconnaître que nous ne sommes pas tout-puissants, que nous ne possédons pas tout et que nous avons besoin de Dieu comme des autres.
Être pauvre de cœur, c’est renoncer à vouloir tout maîtriser. C’est accepter de ne pas avoir réponse à toutes les questions, de ne pas être toujours le meilleur et de ne pas devoir sa valeur au regard des autres. C’est aussi savoir recevoir, demander de l’aide et reconnaître les dons que nous avons reçus.
Cette attitude s’oppose à l’orgueil, qui nous pousse à nous placer au-dessus des autres, à nous croire autosuffisants ou à chercher sans cesse à défendre notre image. La pauvreté de cœur ouvre, au contraire, un espace de liberté. Celui qui ne cherche pas à tout posséder peut apprendre à partager. Celui qui ne veut pas toujours avoir raison peut entendre un autre point de vue. Celui qui reconnaît ses limites peut accueillir la grâce de Dieu.
L’humilité est ainsi une qualité essentielle dans la vie des saints. Elle ne signifie pas se dévaloriser, nier ses talents ou s’effacer systématiquement devant les autres. Elle consiste à reconnaître la vérité de ce que nous sommes : des personnes dotées de capacités et de qualités, mais aussi de fragilités, qui ont reçu beaucoup et qui ne se construisent pas seules.
La Vierge Marie en est une figure majeure. Dans le Magnificat, sa prière rapportée par l’Évangile selon saint Luc, elle reconnaît que Dieu s’est penché sur son humble servante et qu’il a fait pour elle de grandes choses. Marie ne s’attribue pas à elle-même la source de sa grandeur. Elle reconnaît l’œuvre de Dieu dans sa vie et se rend disponible à son projet. Sa réponse à l’ange Gabriel exprime cette confiance : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38).
Cette disponibilité n’est pas une faiblesse. Elle est une manière libre et confiante de répondre à un appel. Marie ne sait pas tout de ce qui l’attend, mais elle accepte d’avancer avec Dieu.
La pauvreté de cœur nous invite à faire de même : accueillir ce que nous recevons, mettre nos talents au service des autres et reconnaître que notre vie prend tout son sens lorsqu’elle s’ouvre à plus grand qu’elle-même.
La communion des saints, un lien qui ne s’arrête pas à la mort
Au cœur de la Toussaint se trouve une conviction fondamentale du Credo : la communion des saints. Cette expression désigne la communion spirituelle qui unit tous les membres du Christ, au-delà des différences de lieux, d’époques et de situations.
L’Église comprend cette communion comme une solidarité entre les fidèles qui vivent encore sur la terre, ceux qui sont en cours de purification et ceux qui contemplent déjà Dieu dans la gloire du ciel. Ces trois dimensions ne sont pas séparées par une rupture définitive. Elles appartiennent à l’unique peuple de Dieu, uni par le Christ.
Les saints du ciel sont ainsi proposés comme des intercesseurs : les chrétiens peuvent leur demander de prier pour eux, comme ils demanderaient à un proche de porter une intention dans sa prière. De leur côté, les fidèles sur terre prient pour les défunts et les confient à la miséricorde de Dieu.
Cette communion donne un sens particulier à la fête de la Toussaint. Nous ne célébrons pas seulement des personnages du passé. Nous reconnaissons que l’Église est une famille qui dépasse les frontières de notre existence terrestre. Ceux qui nous ont précédés dans la foi continuent de faire partie de notre histoire spirituelle.
Cette conviction n’efface pas la séparation. Elle permet de la vivre autrement, dans l’espérance. Lorsque nous prions pour un défunt, lorsque nous demandons l’intercession d’un saint ou lorsque nous célébrons l’Eucharistie à l’intention d’une personne disparue, nous exprimons notre confiance dans la fidélité de Dieu.
La Toussaint nous invite ainsi à regarder au-delà de ce qui est immédiatement visible. Elle nous rappelle que notre existence ne se limite pas à ce que nous accomplissons ici-bas et que l’amour de Dieu ouvre un avenir que nous ne pouvons pas entièrement saisir.