L’interview du mois de Monseigneur Matthieu Dupont
Dans son entretien mensuel sur Radio Fidélité Mayenne, Mgr Matthieu Dupont, évêque de Laval, partage sa vision pastorale à travers plusieurs thèmes forts : le sens du carême, les fruits concrets de ses visites dans les paroisses, l’appel à prier pour la paix à Pontmain, et les mutations en cours dans l’organisation diocésaine.
« Le carême est un entraînement »
À peine le temps de Noël achevé, l’Église entre déjà dans une nouvelle étape de son année liturgique : le carême. Pour Mgr Matthieu Dupont, ce passage rapide nous rappelle que la vie chrétienne est avant tout un chemin, un mouvement constant de conversion.
« Le carême est un entraînement, mais il est bon avant toute chose de se dire : pourquoi je vais jeûner ? Pourquoi je vais prier ? Pourquoi je vais partager ? »
L’évêque insiste sur la nécessité de ne pas réduire le carême à une accumulation de bonnes résolutions. Sans finalité claire, celles-ci s’épuisent vite. C’est là qu’intervient la vertu de force, qu’il a récemment évoquée avec les collégiens et lycéens du groupe de jeunes d’Avance au large (paroisses Trinité-Avesnières-Cordeliers et Saint-Pierre-Saint-Vénérand) :
« La vertu de force, ce n’est pas tenir à la force du poignet. C’est d’abord choisir une finalité, puis prendre les moyens concrets au service de ce but. »
Cette finalité est simple et exigeante : l’union à Dieu. Et pour y parvenir, Mgr Dupont voit dans le Notre Père la clé spirituelle du carême :
« Le Notre Père est comme la clé de notre carême. Tous les gestes que nous allons poser sont au service de cette union à Dieu, dans la prière et dans l’amour du prochain. »
« Chaque paroisse a son histoire »
Depuis son arrivée en Mayenne, Mgr Dupont multiplie les visites pastorales. Si certaines dimensions reviennent – prière, mission, attention aux plus pauvres –, il réfute toute idée de routine :
« La vie de l’Église est répétitive, comme la vie tout court. Mais la grande différence, ce sont les personnes. Ce ne sont jamais les mêmes histoires, jamais les mêmes visages. »
Lors de sa dernière visite à la paroisse Saint-Pierre – Saint-Vénérant, deux moments l’ont particulièrement marqué : un temps d’adoration guidée autour de l’Évangile d’Emmaüs, et une « table ouverte » réunissant des personnes en situation de précarité.
« Ça a été un grand moment de simplicité, d’écoute. Certains ont des vies cabossées, et c’est là que l’Église se fait vraiment proche. »
Pour l’évêque, ces visites sont aussi l’occasion de provoquer des dynamiques nouvelles :
« Quand l’évêque vient, c’est peut-être l’occasion de faire des expériences que la paroisse n’a jamais osées. »
« La paix commence dans le cœur »
Le 17 janvier dernier, Mgr Dupont a consacré à Pontmain une chapelle dédiée à la prière pour la paix, ouverte 24 heures sur 24. Un lieu simple, accessible à tous. Dans un monde traversé par les conflits et les tensions, l’évêque voit dans ce lieu un signe d’espérance.
« Se hâter lentement » : accompagner les transformations
L’entretien aborde aussi des sujets plus institutionnels : pèlerinage à Paris avec 250 Mayennais, attention au monde rural, arrivée prochaine de l’enseignement catholique à la maison diocésaine, réorganisation des services de communication. Autant de changements qui peuvent susciter inquiétudes et résistances.
« Quand on a travaillé dans un lieu pendant 20 ou 30 ans, ce sont de vrais bouleversements. Je ne les ignore pas. »
Pour Mgr Dupont, l’enjeu est avant tout humain :
« Il faut accompagner, expliquer, respecter le rythme de chacun. On n’avance pas tous à la même vitesse. »
« Comme on dit en Mayenne, il faut se hâter lentement. Avancer, mais en prenant le temps d’habiter les changements. »
Une Église en chemin
De la spiritualité du carême aux transformations diocésaines, une même ligne se dessine : celle d’une Église en mouvement, attentive aux personnes, ancrée dans le réel, mais tournée vers l’essentiel.
« Je vois des personnes qui s’organisent, qui se prennent en main, qui annoncent l’Évangile humblement. C’est le signe que l’Esprit Saint œuvre partout, y compris en Mayenne. »