Homélie Monseigneur DUPONT – Mercredi des Cendres – 18 février 2026

« Revenez à moi de tout votre cœur dans le jeûne, les larmes et le deuil. »

(Joël 2, 12)

Chers frères et sœurs, entendons cette parole qui vient du cœur même du Christ : « Revenez à moi de tout votre cœur dans le jeûne, les larmes et le deuil. »

Cet appel est profond, intérieur. En ce début de carême, nous le recevons, pour nous conformer au cœur du Christ. Car cette conversion du cœur à laquelle nous sommes appelés par le jeûne la prière et l’aumône : être conformé au cœur du Christ. Et pour cela, nous connaissons le chemin : d’abord, un chemin d’intériorité ; puis de considérer le seul modèle, c’est-à-dire le cœur du Christ ; pour enfin nous y conformer. Un chemin d’intériorité selon un modèle, le cœur de Jésus-Christ pour se conformer à ce cœur.

 

  1. Un chemin d’intériorité.

Nous l’avons entendu dans l’Évangile, saint Matthieu nous a dit : « Retire-toi dans ta pièce la plus retirée » (Matthieu 6, 6). Quelle est la pièce la plus retirée, sinon notre cœur ? Le cœur qui, dans l’Ecriture, décrit le centre de la personne, là où nous sommes comme recueillis, là où nous résidons. Le cœur est évoqué par saint Augustin lorsqu’il écrit : « Et voici que tu étais au dedans de moi et moi au dehors de moi-même, et c’est là que je te cherchais. Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi … » (Saint Augustin, Les Confessions X). Saint Augustin est celui qui a fait l’expérience de chercher Dieu au dehors alors que Dieu l’attendait au dedans, au plus intime de lui-même. Nous qui sommes rassemblés en cette cathédrale ce soir, ne nous trompons pas. Dieu nous attend au-dedans. Dieu nous attend à l’intime de notre cœur ; et c’est d’abord là que nous devons être. En effet, notre cœur, ce cœur que nous pourrions décrire, de façon plus contemporaine, par la conscience, est bien ce lieu où « la voix de Dieu ne cesse de nous presser d’aimer et d’accomplir le bien, d’éviter le mal » (cf. Gaudium et Spes 16).  En effet la voix de Dieu résonne dans l’intimité de notre cœur Ainsi, chers frères et sœurs, en ce début de Carême, osons l’intériorité et osons donc prendre les moyens de cette intériorité, de ne pas nous disperser à l’extérieur : que cela soit par les réseaux sociaux ou tout autre « divertissement » qui nous empêche d’être à l’intérieur. Faisons ce choix radical de répondre à cet appel à l’intériorité. Le même saint Augustin priait ainsi : « Tu nous as fait pour toi et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en toi. » (Saint Augustin, Les Confessions I). Osons l’intériorité.

 

  1. Un modèle, le cœur du Christ.

Pour cela, prenons un modèle. Le seul modèle qui vaille : le Sacré-Cœur, le cœur de Jésus-Christ. Nous avons entendu, dans la première lecture, comment le prophète Joël nous invite à déchirer nos cœurs, « Déchirez vos cœurs » (Joël 2, 13). Portons notre regard vers le cœur déchiré par excellence celui de Jésus, celui-là même qui a été ouvert par la lance du soldat lors de sa Passion alors qu’il était en croix. Le cœur de Jésus est un cœur béant, un cœur ouvert. Pourquoi ? Pour nous permettre de nous donner. Pour nous permettre de nous cacher dans ce cœur. Car ce cœur est un cœur qui aime. Et qu’est-ce qu’aimer ? C’est permettre à celui qu’on aime de se donner à nous et donc de l’accueillir. Le Christ lorsqu’il est apparu à Sainte-Marguerite Marie Alacoque, à Paray-le-Monial, a eu ses paroles : « Voici ce cœur qui a tant aimé le monde et qui en retour n’en reçoit qu’ingratitude ». C’est-à-dire que Jésus nous a aimé avec ce cœur, ce cœur ouvert. Et il attend que nous puissions l’aimer en retour. Voici le chemin du carême : avoir un cœur qui soit ouvert, ouvert comme celui du Christ était ouvert afin d’aimer et d’être aimé par Dieu qui est le propre de la prière. Qu’est-ce que la prière ? C’est aimer Dieu de tout son cœur et se laisser aimer. Dans l’Évangile que nous avons entendu, se cache le texte le plus fameux de l’Évangile : le Notre Père caché dans ce chapitre 6 de l’Evangile selon saint Matthieu que nous venons d’entendre. Le Notre Père nous dit que ce cœur à cœur avec Jésus nous permet de nous adresser au Père dans la prière. Alors très chers frères et sœurs, osons le chemin de l’intériorité, car Dieu nous attend au plus profond de notre cœur et osons avoir comme modèle, le cœur ouvert de Jésus pour aimer Dieu et se laisser aimer.

 

  1. Pour se conformer au cœur du Christ par « la prière, le jeûne et l’aumône ».

Ainsi, le temps du Carême nous conforme au cœur du Christ. D’abord, en nous rappelant les mots du pape Léon XIV dans sa dernière et première exhortation apostolique qui évoque l’appel à se conformer au cœur du Christ comme un « appel à reconnaître Jésus dans les pauvres et les souffrants afin que se révèle le cœur même du Christ, ses sentiments et ses choix les plus profonds, auxquels tout saint essaie de se conformer. » (Dilexi Te 3). L’attention aux plus pauvres, nous rappelait le Saint Père, nous conforme au cœur du Christ. En aimant le plus pauvre, notre cœur devient le cœur du Christ. Cela, nous sommes appelés à le vivre par l’aumône. Qu’est-ce que l’aumône ? C’est le fait de donner une part de soi-même très concrètement à l’autre. Cette part de soi-même peut être sonnante et trébuchante. Cette part de soi-même peut être simplement son temps. Cette part de soi-même peut être encore une parole partagée, parole de consolation. Donner comme le Christ a donné afin de devenir conforme à son cœur. Mais aussi ce temps du Carême est un appel au jeûne. Qu’est-ce que jeûner ? C’est accepter de manquer, accepter de ne pas être satisfait, de ne pas être « gavé », de ne pas être comblé. Non pas par masochisme, mais tout simplement pour laisser de la place à Dieu. Jeûner, c’est laisser de la place à Dieu. Le jeûne alimentaire simple : non pas s’abstenir de toute nourriture mais simplement ne pas sans cesse assouvir tous nos désirs. Laisser de l’espace pour pouvoir aimer et être aimé. Le pape Léon XIV, dans son message pour ce Carême 2026, nous invitait à un jeûne particulier. Je le cite « Demandons la force d’un jeûne qui passe aussi par la langue, afin que diminuent les paroles qui blessent et que grandisse l’espace pour la voix de l’autre. » – « Commençons par désarmer le langage au sein de la famille, entre amis, dans les lieux de travail, sur les réseaux sociaux, dans les débats politiques, dans les moyens de communication, dans les communautés chrétiennes. » (Message de Carême 2026 – Léon XIV). Le pape Léon XIV nous invite à un jeûne de la parole qui tue ou qui blesse. Il nous invite à ne pas proférer ces paroles en famille, en communauté, sur les réseaux pour laisser de l’espace à la parole de l’autre, l’accueillir, même si cette parole est agressive. Le Christ sur la croix a été agressé. Qu’a-t-il fait ? Il a dit « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23, 34). Avoir un cœur conforme au Christ est rude. Et il n’y a qu’avec le Christ que nous pouvons le vivre, d’où l’importance de l’aumône, du jeûne et bien sûr de la prière. Le pape Léon XIV dans son exhortation Dilexi Te évoquait et associait l’aumône et la prière en ces termes. « L’aumône est l’aile de la prière. Si donc tu ne donnes pas une aile à ta prière, elle ne vole pas. » (Dilexi Te 118). Ne nous réfugions pas dans une prière intimiste. Nous avons à prier et à donner. Et en faisant cela, nous devenons capables d’aimer, d’aimer Dieu et de nous laisser aimer.

Alors, frères et sœurs, prenons le chemin de l’intériorité. Posons aussi ce choix radical de prendre pour modèle le cœur du Christ et ainsi d’avoir un cœur ouvert, aimé de Dieu et capable d’aimer ceux qui sont autour de nous. Conformons-nous au cœur du Christ par l’aumône, le jeûne – et peut-être particulièrement pendant ce carême, le jeûne des paroles qui blessent – pour pouvoir être plus unis à Jésus, et ainsi avoir un cœur qui se conforme à son cœur. Que nous puissions, frères et sœurs, nous soutenir pendant ce Carême selon ses chemins. Amen.

✠ Matthieu Dupont,

Évêque de Laval

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