Homélie de la messe de promulgation des orientations diocésaines CAP 2030 – Mgr Matthieu Dupont
« Il en institua douze ». (Mc 3, 14) C’est par ces mots, il y a quelques instants, que nous avons entendu la constitution du groupe des douze apôtres ; les douze hommes que Jésus a choisis. Il ne les a pas choisis selon des qualités particulières. Il a librement choisi ces douze hommes. C’est à partir de cette petite communauté de douze hommes que j’aimerais considérer notre communauté de l’Enseignement Catholique en Mayenne, celle qui est aujourd’hui réunie, au moins de façon représentative, dans notre cathédrale, afin de redécouvrir que nous sommes une communauté au service. Notre communauté comme le groupe des douze, est composée d’individus. Elle forme une équipe qui porte un projet dorénavant. Des individus, une équipe, un projet.
Des individus
Nous le savons, nous ne sommes pas tous identiques, et les apôtres ne l’étaient pas non plus. Vous avez entendu, comment, en déclinant peu à peu leurs noms, saint Marc nous donne comme leurs « caractéristiques ».
- Pierre, c’est le nom qu’il donna à Simon. Pierre est celui qu’on appelle parfois « le premier pape », « le premier des apôtres ». Léon XIV est ainsi le lointain successeur de Pierre, qui avait un rôle un peu particulier au sein du groupe des douze : celui de veiller à la communion. Je ne sais, cher François [Roseray], si vous avez ce rôle dans notre Enseignement Catholique en Mayenne, certainement un peu.
- Matthieu, Jean, des évangélistes : c’est-à-dire ceux qui ont pu mettre par écrit ce qu’il fallait transmettre aux autres, des transmetteurs. Et nous le sommes tous, je le crois. Car, en effet, nous sommes invités, enseignants, chefs d’établissements, membres de la communauté éducative, à transmettre, chacun selon notre mission propre, ce que nous avons reçu.
- Et puis, dans ce groupe, il y a des inconnus. Thaddée, qui a déjà entendu parler de Thaddée, l’un des douze apôtres ? Peut-être pour nous rappeler que, dans notre communauté éducative, il y a des gens parfois bien discrets dont on ne parle que peu ou pas. Ils sont pourtant membres de cette communauté comme les autres, et ils apportent leur pierre à l’édifice.
Simon : Simon le zélote. Qu’est-ce qu’était un zélote à l’époque de Jésus ? C’était un résistant armé. Certainement quelqu’un de pas très commode. Et pourtant, il fait partie du groupe des douze. Est-ce qu’il y a des gens peu commodes dans nos communautés éducatives ? Certainement pas en Mayenne ! Peut-être ailleurs…
Notre Enseignement Catholique en Mayenne est la somme de ces individus que nous sommes, chacun avec la même dignité. Nous sommes invités à œuvrer ensemble en nous accueillant les uns les autres. Quel que soit notre cheminement dans la foi, nous faisons partie de cette communauté.
Une équipe
Cette communauté d’individus ne se résume pas à une somme d’individus. Elle est une équipe. L’équipe des apôtres porte un nom dans l’Évangile : « Les douze ». Notre équipe : « EC53 » ; c’est tout aussi romantique ! Cette équipe, il nous faut la faire vivre. Les « douze » avaient un nom. Ils s’étaient reconnus les uns les autres. Nous faisons partie, par nos réseaux, par ici notre rassemblement, de cette même équipe. Une équipe, vous le savez, est marquée par des relations réciproques. Nous nous accueillons, nous nous épaulons, nous mutualisons nos efforts. Il y a quelque chose qu’il nous faut sans cesse renouveler, dans la confiance. Cette confiance qu’une équipe a en elle-même. Mais pour nous, Enseignement Catholique de la Mayenne, la confiance prend la couleur de la foi. Une confiance, dans le vrai capitaine, qui est Dieu. Dieu, celui qui nous fait confiance et en qui nous pouvons faire confiance.
Ainsi, si nous sommes bien ces individus, si différents œuvrant dans nos communautés éducatives, si nous formons une équipe constituée de nos relations – et nos établissements en sont comme les écrins – nous avons un projet. Ce projet « CAP 2030 » que nous allons creuser, découvrir, mettre en œuvre. Ce projet plonge ses racines dans le projet « des douze ». C’est sur ce point que j’aimerais finir.
Un projet
Vous l’avez entendu : pourquoi est-ce que Jésus a rassemblé les douze ? Saint Marc nous dit : « pour qu’ils soient avec lui » (Mc 3, 14), « pour les envoyer proclamer la bonne Nouvelle » (Mc 3, 14), « avec le pouvoir d’expulser les démons » (Mc 3, 15). Vous allez me dire : « Monseigneur, rien à voir avec CAP 2030 ! » … Eh bien, je ne crois pas !
- D’abord, « être avec ». Être avec lui, avec Jésus. Être avec lui et être avec les autres, c’est une culture et un appel. Comment, avant de faire, nous prenons le temps d’être ? Et d’être avec ceux qui nous sont donnés, que pour la plupart, nous n’avons pas choisis dans nos communautés éducatives, comme les apôtres ne s’étaient pas choisis. Il y a donc, je crois pour nous quelque chose d’un appel à être, tout simplement.
- « Envoyer proclamer la bonne Nouvelle». Je crois que nous faisons l’expérience de la puissance de la parole, dans nos classes, dans nos établissements. La parole qui n’est pas celle qui écrase, mais la parole qui révèle, la parole qui relève, la parole qui valorise, la parole bienveillante. Et tout cela traverse nos orientations. Que nous soyons vraiment ces prédicateurs, non pas au sens de rabâcher, mais de veiller à une parole qui fait grandir.
- Vous allez me dire : « Comment va-t-il se débrouiller avec les démons ? ». « Expulser les démons ». Un démon, qu’est-ce que c’est ? Un démon, c’est celui qui divise. Un démon, c’est celui qui rabaisse. Un démon, c’est celui qui méprise. Le démon, c’est celui qui va suggérer que je ne suis pas à la hauteur. Il nous faut lutter contre tout ce qui divise ou fragilise notre humanité. Notre façon d’expulser les démons, c’est de permettre à ces enfants, ces jeunes, qui nous sont confiés, de croître. Car ils ont en eux cette puissance pour croître par eux-mêmes. Nous avons donc la charge, non pas de tirer sur eux pour qu’ils grandissent, mais plutôt d’ouvrir, de dépasser un handicap ou une difficulté. Tel est le beau métier d’éducateur, qui est le vôtre.
Alors, très chers amis, chers frères et sœurs, si nous sommes ici rassemblés, chacun selon notre identité propre comme « Les douze », c’est parce que nous avons la même dignité. Nous sommes appelés ensemble à former cette équipe « EC53 » et à cultiver nos relations, à cultiver la confiance mutuelle, et certainement notre foi, quelle qu’elle soit, au service d’un projet que nous avons reçu et dont nous allons vivre ; et vous l’avez compris, qui s’enracine dans plus loin que nous, qui prend ses racines, je le crois, dans ce que Jésus a voulu offrir à ceux qu’il a appelés avec lui. Alors, réjouissons-nous ! Que nous ayons le cœur allègre maintenant, peut-être aussi tout à l’heure en partageant autour d’un verre. Réjouissons-nous, car dans ce monde qui est traversé parfois de violence, de pessimisme, de méfiance, nous sommes appelés ensemble à être ces témoins de l’espérance. Amen.
✠ Matthieu Dupont,
Évêque de Laval