Homélie clôture du Jubilé de l’Espérance, 27 décembre 2025, Mgr Matthieu Dupont

« Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère » (Mt 2, 14)

C’est par ces quelques mots que saint Matthieu nous relate le départ de la Sainte Famille. Certes pour fuir, mais nous pourrions aussi les considérer comme des « Pèlerins d’espérance ». Ils sont partis dans la nuit pour cheminer dans l’espérance pure puisque rien ne leur permettait raisonnablement de savoir ce qu’allait être l’avenir.

Chers frères et sœurs, j’aimerais avec vous contempler cette « Eglise familiale », cette « micro-Eglise » que sont Joseph, Marie et Jésus, pour éclairer ce que notre Eglise de Laval a vécu lors de ce Jubilé et ainsi reparcourir quelques événements de notre année jubilaire, non pas pour en faire un compte-rendu, mais pour découvrir à travers ces événements comment l’Eglise se renouvelle sans cesse. Au cours de cette année jubilaire, nous avons reçu de nombreuses grâces à travers trois pèlerinages jubilaires : ici en Mayenne, à Pontmain, en diocèse, à Rome et enfin, personnellement, j’en suis sûr, nous avons pu pèleriner auprès de « nos clochers ». Trois pèlerinages : à Pontmain, à Rome et dans nos clochers.

A Pontmain

Vous le savez, Pontmain est un signe qui nous a été donné. La Vierge Marie est apparue ici, dans notre diocèse, avec un message simple qui nous a renouvelé en cette année jubilaire : priez ! « Mais priez mes enfants, Dieu vous exaucera en peu de temps. Mon fils se laisse toucher ».

C’est un appel pour nous, Eglise de Laval, en Mayenne, à être toujours plus une Eglise mariale, une Eglise de l’intériorité, une Eglise enracinée dans la relation avec Dieu. En cette année jubilaire, nous avons comme jeté notre ancre au Ciel pour vivre plus intensément la relation avec Dieu afin de nous enraciner dans l’espérance. C’est la grâce de Pontmain : la grâce de la prière qui ouvre à l’espérance. Cette grâce, nous avons pu la raviver cette année dans l’élan de notre dernier synode diocésain au cours duquel Monseigneur Scherrer nous invitait à « vivre la transformation missionnaire de l’Église dans la prière personnelle et communautaire » (cf. Loi 1). C’est pourquoi nous avons sans cesse à renouveler notre prière personnelle et communautaire en veillant à avoir un cœur marial. Cette année, nos pèlerinages paroissiaux à Pontmain nous ont certainement permis d’affermir ce cœur marial. Ce renouvellement intérieur, je nous invite à le vivre désormais chaque année afin de pouvoir puiser à cette source que le Jubilé nous a fait redécouvrir : une source de conversion à laquelle nous avons puisé dans le cœur de Dieu, l’indulgence plénière reçue en cette année jubilaire.

Premier pèlerinage jubilaire à Pontmain pour être renouvelé dans la prière, pèlerinage désormais qui pourra se réaliser annuellement.

A Rome

Deuxième pèlerinage, peut-être le sommet de notre année pour notre diocèse, le pèlerinage à Rome. Nous avons entendu dans la première lecture comment le Siracide nous dit : « Celui qui glorifie sa mère est comme celui qui amasse un trésor. » (Si 3, 4). Rome, l’Eglise mère, l’Eglise source, l’Eglise de laquelle nous recevons la foi qui nous est confirmée par le Saint-Père aujourd’hui, le pape Léon XIV. Mais aussi l’Eglise que nous avons pu découvrir ensemble, diocèse de Laval, rassemblés des quatre coins de la Mayenne. Nous étions près de 80 à avoir goûté à la joie de puiser à la source des premières communautés chrétiennes fondées à Rome. Et ainsi, nous rappeler, ce que saint Luc nous dit dans les Actes : « Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. » (Ac 2,42). Revenir à la source, c’est la grâce de tout pèlerinage à Rome. C’est certainement la grâce que nous avons nous-mêmes à raviver sans cesse. Notre nouveau logo diocésain nous rappelle cela avec ce poisson qui manifestait la foi des premiers chrétiens en « Jésus-Christ, Fils du Dieu Sauveur » (ICHTUS).

Mais c’est aussi un appel à toujours plus vivre en communion. Communion bien sûr avec le pape, avec les évêques du monde entier et communion de notre diocèse. La grâce du pèlerinage diocésain à Rome, tel que je l’ai vécu, c’est la grâce de la communion diocésaine. Nous sommes différents, très chers frères et sœurs, et c’est heureux, mais nous sommes appelés à vivre de cette communion qui est un don de Dieu que je reconnais en Mayenne. Ce désir de communion, nous avons voulu le vivre cette année, particulièrement le matin de Pâques en fêtant la Résurrection du Seigneur avec nos frères orthodoxes, protestants, évangéliques et ainsi manifester modestement, mais sûrement, notre communion. Cette année, nous sommes aussi souvenus que c’était le 1700e anniversaire du concile de Nicée qui a défini, pour la première fois, la foi de l’Eglise. Ce concile qui a permis la communion de toute l’Eglise.

Aller à la source à Rome, c’est entendre une nouvelle fois un appel, un appel à refaire l’humus ecclésial en Mayenne. Au jour de mon ordination épiscopale dans la basilique à Pontmain, je nous disais : « En cette basilique de Pontmain où notre Eglise a célébré son dernier synode diocésain, ravivant alors sa « fraîcheur évangélique », je souhaite nous projeter résolument dans la réévangélisation de nos villes et villages en nous appuyant sur nos territoires labourés par notre histoire sainte. Reconduits au début de l’Église, nous reconnaîtrons ensemble les braises que l’Esprit Saint a attisé en Mayenne afin que le feu soit ravivé et qu’il embrase notre Eglise diocésaine ». Ces mots prononcés le 9 mars 2024 ont trouvé comme un écho en cette année. Je le crois, les grâces de communion, les grâces de ferveur sont des grâces missionnaires qui porteront des fruits dans les années qui viennent.

Pèlerinage à Pontmain, pèlerinage de l’intériorité mariale ; pèlerinage à Rome, pèlerinage de la communion à la source de l’Église ; et humblement pèlerinage dans nos églises, nos clochers.

Dans nos clochers

Nous avons entendu dans l’Évangile, comment la Sainte Famille est finalement venue habiter dans une petite ville appelée Nazareth. Nos paroisses, nos clochers sont ces villages de Nazareth. Villages du quotidien au sein desquels les catéchumènes viennent frapper à nos portes, pour savoir ce que nous vivons. Villes et villages où nous pouvons nous réconcilier à travers le ministère des prêtres, comme nous l’avons fait en cette année, en recevant le sacrement du pardon. Ces villes et villages sont à l’image de toutes nos familles, des lieux où nous pouvons vivre simplement de la grâce de Dieu. Il y a quelques jours, j’étais à la maison d’arrêt de Laval, pour aussi offrir à nos frères détenus cette grâce du quotidien d’être avec Jésus.

Alors, très chers frères et sœurs, il nous faut rayonner. Rayonner dans notre quotidien, rayonner là où nous vivons, dans nos villages auprès de nos clochers. Notre synode diocésain nous invitait à « passer d’un modèle de couverture d’un territoire à l’émergence de source de rayonnement missionnaire : fraternité de proximité, pôle missionnaire, sanctuaire, monastère… » (Cf Décret 5.3). La grâce du quotidien se manifestera à travers « nos fraternités au pied des clochers ». C’est ce que nous sommes certainement appelés à vivre dans le dynamisme de cette année jubilaire.

Que nous puissions, comme lors de la vie cachée à Nazareth, mais aussi tout simplement comme à l’arrivée de l’abbé Michel Guérin au hameau de Pontmain, raviver en nous tous les dons reçus. Ne pas nous appesantir sur nos limites, sur nos fragilités, elles sont là, mais dans les grâces de cette année jubilaire, manifester à tous la ferveur, la fraternité qui nous unit au quotidien et au plus près de nos frères et sœurs.

Alors, très chers frères et sœurs, suite à cette année jubilaire, renouvelons notre cœur. Ayons un cœur qui soit de plus en plus marial et qui veille à la communion dans la foi et à la fraternité au quotidien. Que ce cœur qui a battu pendant cette année jubilaire, puisse continuer à le faire durant toutes ces années.

Amen.

✠ Matthieu DUPONT

    Évêque de Laval

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