Mgr Matthieu Dupont nous explique la nouvelle encyclique Magnifica humanitas du pape Léon XIV
Dans une nouvelle vidéo, Monseigneur Matthieu Dupont revient sur la première encyclique du pape Léon XIV, Magnifica Humanitas (« Magnifique Humanité »), publiée le 15 mai dernier. Un texte consacré à la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle.
Si de nombreux commentaires ont présenté ce document comme une encyclique « sur l’intelligence artificielle », l’évêque de Laval invite à en saisir le véritable cœur : ce n’est pas la technologie qui est au centre de la réflexion du pape, mais bien la personne humaine.
Une encyclique sur l’homme avant tout
Pour Mgr Dupont, Léon XIV s’inscrit dans la continuité de la grande tradition sociale de l’Église. Comme ses prédécesseurs face aux bouleversements de leur époque, il cherche à éclairer les transformations du monde à partir d’une question fondamentale : comment préserver la dignité de la personne humaine ?
« Tout ce qui touche l’homme intéresse le pape », rappelle l’évêque.
L’intelligence artificielle modifie déjà profondément notre manière de travailler, de communiquer, d’apprendre et même de prendre certaines décisions. Face à cette évolution rapide, l’Église ne condamne pas le progrès technique, mais invite à exercer un discernement éthique pour que la technologie demeure au service de l’homme et non l’inverse.
Une vigilance plutôt qu’un refus
Au fil de l’entretien, Mgr Dupont souligne que le pape ne développe pas une vision catastrophiste de l’intelligence artificielle.
Léon XIV reconnaît les possibilités extraordinaires offertes par ces nouveaux outils. Dans de nombreux domaines, de la médecine à la recherche, ils permettent des avancées considérables. Mais il met également en garde contre certaines dérives possibles : perte de l’esprit critique, dépendance aux algorithmes, affaiblissement de la liberté intérieure ou encore remplacement progressif des relations humaines authentiques.
L’enjeu n’est donc pas de rejeter l’intelligence artificielle mais d’apprendre à l’utiliser avec responsabilité.
« L’IA peut être une aide précieuse, mais elle ne doit jamais se substituer à notre conscience ni à notre liberté », résume l’évêque.
Le visage de l’autre au centre
Parmi les thèmes qui l’ont particulièrement marqué à la lecture de l’encyclique, Mgr Dupont retient une expression récurrente du pape : celle du visage.
À plusieurs reprises, Léon XIV invite à ne jamais perdre de vue le visage concret des personnes derrière les technologies. Le visage de nos proches, bien sûr, mais aussi celui des travailleurs parfois invisibles qui participent à l’économie numérique mondiale, ou encore celui des plus fragiles.
Cette attention au visage de l’autre apparaît comme un antidote à la tentation de réduire les relations humaines à de simples échanges numériques ou à des interactions avec des machines.
« Si nous perdons le visage de l’autre, nous risquons de perdre quelque chose de notre propre humanité », souligne Mgr Dupont.
Éduquer à la liberté
L’encyclique accorde également une place importante à l’éducation.
Pour le pape, l’un des grands défis de notre époque consiste à former les jeunes à exercer leur liberté dans un monde où l’accès à l’information devient toujours plus facile et immédiat.
L’intelligence artificielle peut fournir des réponses rapides et performantes, mais elle ne remplacera jamais l’apprentissage du discernement, de l’analyse, de la réflexion critique ou de la responsabilité personnelle.
L’éducation demeure ainsi une condition essentielle pour que les nouvelles générations puissent utiliser ces outils sans en devenir dépendantes.
Une question sociale et politique
Le texte de Léon XIV aborde également les conséquences économiques, sociales et environnementales de l’intelligence artificielle.
Exploitation des ressources naturelles, consommation énergétique des centres de données, conditions de travail parfois difficiles dans certaines filières : autant de réalités qui demeurent souvent invisibles pour les utilisateurs.
L’évêque rappelle que le pape invite les responsables politiques à retrouver pleinement leur rôle de régulation afin que les logiques économiques ne soient pas les seules à orienter le développement de ces technologies.
Les principes de la doctrine sociale de l’Église — bien commun, solidarité, responsabilité et subsidiarité — apparaissent ici comme des repères particulièrement actuels.
L’espérance chrétienne face aux défis technologiques
Malgré les nombreuses mises en garde qu’elle contient, l’encyclique ne se présente pas comme une vision pessimiste de l’avenir.
Pour Mgr Dupont, l’un des messages essentiels de Léon XIV est précisément celui de l’espérance.
L’homme n’est pas condamné à subir les évolutions technologiques. Parce qu’il demeure libre, capable de discernement et appelé à la communion avec Dieu et avec les autres, il peut orienter ces transformations vers le bien.
« Notre humanité est belle. Elle est appelée à se déployer pleinement », rappelle l’évêque.
L’Eucharistie, école de communion
Dans les dernières pages de l’encyclique, le pape souligne enfin la place essentielle de l’Eucharistie.
Pour les chrétiens, elle demeure le lieu où la relation personnelle avec le Christ nourrit la communion entre les hommes. Dans un monde marqué par les réseaux numériques et les interactions virtuelles, l’Eucharistie rappelle que la rencontre véritable passe toujours par des personnes réelles et non par des simulations de relations.