Tribune des 10 évêques de la Province sur la Fin de Vie

Quand une société choisit des valeurs qui nous rassemblent et nous élèvent, elle fait une belle avancée. C’est ce qui vient de se passer par l’adoption de la loi sur les soins palliatifs ce 12 mai 2026. Le consensus est clair : nous reconnaissons les valeurs portées par les soignants lorsqu’ils accompagnent nos proches en fin de vie de telle sorte qu’ils ne souffrent pas et soient entourés de vraies relations humaines. Oui, lutter contre leur douleur, ne pas les abandonner, respecter leur dignité, les considérer comme des membres à part entière de notre communauté humaine, sont des valeurs qui témoignent d’un bel humanisme !


En votant à une large majorité pour ces soins qui posent un juste regard sur la personne vulnérable, qui lui apportent le confort et apaisent son angoisse, les parlementaires ont reconnu et choisi cet authentique humanisme vécu par tant de soignants. « Ici, on meurt en paix », disait un cadre infirmier dans un service de médecine.


Quel contraste avec l’absence totale de consensus pour la loi sur « l’aide à mourir » ! Les Sénateurs la refusent une seconde fois ; les Députés y sont favorables, mais à une faible majorité. Un sondage très détaillé (Fondapol, Janvier 2026) montre que 51% des Français y sont défavorables. Si nous sommes cruellement divisés sur « l’aide à mourir », c’est parce que derrière ce mot se cache l’euthanasie, c’est-à-dire l’acte de donner la mort, qui n’est pas un soin.


Est-il juste de faire porter aux plus vulnérables cet insupportable clivage : préserver la relation de confiance entre soignant et patient ou la travestir en l’investissant d’une terrifiante question : le moment n’est-il pas venu de choisir l’euthanasie ? Ce clivage ouvre une voie sans valeurs. Il est contraire à ce qu’attendent les personnes en grande vulnérabilité. Face à l’angoisse de perdre de plus en plus leur autonomie et de s’approcher de leur fin de vie, les soignants entendent leur désir d’être aidées, accompagnées et entourées jusqu’au bout par un regard qui, au nom de tous, dise à chacune : tu as de la valeur à nos yeux.


On ne raye pas d’un trait de plume ce qu’Hippocrate, médecin et philosophe grec de l’Antiquité, a discerné. Nous y avons reconnu une telle sagesse que nous l’avons gardé comme un serment pleinement approprié pour nos médecins : « Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. » Les trois aspects sont indissociables. Ils résonnent comme un appel au fond de nos consciences morales. Il est donc juste et bon de prendre du temps pour l’entendre afin que mûrisse le discernement qui emportera un consensus sur des valeurs partagées, ce qui apaisera tout le monde.

Quand les consciences sont troublées, les croyants savent que Dieu révèle ce qui est pourtant évident à la raison : « Tu ne tueras pas », lit-on dans la Bible. L’euthanasie enfreint gravement la loi de Dieu dont l’objectif premier est que les êtres humains vivent ensemble en paix. Mais sans la Bible, l’intelligence humaine et l’expérience discernent que l’art de la médecine qui relie lutte contre la souffrance, refus de l’acharnement thérapeutique et interdiction de provoquer la mort, est un magnifique humanisme à transmettre. Celui-ci inspire des soins prodigués dans des institutions de santé, parfois d’inspiration chrétienne. Leur conscience collective doit être respectée !


Cet humanisme pousse à chercher des techniques qui luttent toujours plus efficacement contre la douleur. Là est le progrès que reconnaissent les humanistes, qu’ils croient au ciel ou non. Les Écossais et les Anglais ont refusé l’euthanasie. Les Canadiens ont fait marche arrière en restreignant de façon drastique les possibilités d’y recourir. Puisse ce progrès être notre boussole pour la vérité du soin !

Mgr Pierre d’Ornellas — Rennes (archevêque de la province ecclésiastique de Rennes)

Mgr Jean Bondu — Rennes (évêque auxiliaire)

Mgr Laurent Percerou — Nantes

Mgr Emmanuel Delmas — Angers

Mgr Jean-Pierre Vuillemin — Le Mans

Mgr Raymond Centène — Vannes

Mgr Matthieu Dupont — Laval

Mgr Denis Moutel — Saint-Brieuc

Mgr Laurent Dognin — Quimper

Mgr Renauld de Dinechin — Luçon

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