Messe chrismale : « les prêtres sont les serviteurs de notre joie »
Revivez la messe chrismale du Lundi Saint 14 avril, présidée par Monseigneur Matthieu Dupont. L’homélie est également disponible à la relecture, sous la vidéo.
Lors de la messe chrismale, durant la Semaine Sainte, l’évêque bénit les huiles destinées aux sacrements et consacre le saint-chrême. Les prêtres du diocèse, réunis autour de l’évêque, renouvellent les promesses de leur ordination sacerdotale.
« Il m’a envoyé mettre le diadème sur leur tête, au lieu de la cendre ; l’huile de joie, au lieu du deuil. »
C’est par ces mots que le prophète Isaïe prophétise ce que le Christ va réaliser, et ce que l’Église est appelée à continuer : oindre d’« huile de joie, au lieu du deuil ».
Très chers frères et sœurs, cette mission nous est confiée. Elle nous est confiée, et elle se réalise par la proximité humaine et la consécration divine. L’onction d’huile passe par le toucher, la consécration donne la force de Dieu.
Ainsi, nous célébrons aujourd’hui, en cette messe chrismale, traditionnellement célébrée le Jeudi Saint au matin, Jésus qui veut se faire proche de l’humanité, et qui a choisi des prêtres pour se rendre proche. C’est pourquoi il nous faut contempler de nouveau Jésus, le contempler dans son humanité et sa divinité, pour comprendre ce qu’est l’Église, et ainsi percevoir le ministère des prêtres, « serviteurs de notre joie » :
- Contempler le Christ, « vrai homme et vrai Dieu »,
- Contempler l’Église, le Christ continué sur la terre,
- Contempler le ministère des prêtres, serviteurs de notre joie.
Tout d’abord, le Christ, « vrai homme et vrai Dieu ».
Nous fêtons cette année le 1700ème anniversaire du Credo de Nicée. Nicée est cette ville, en Turquie, où les évêques se sont réunis, en 325, pour définir la foi, pour défendre la foi, et particulièrement la foi en l’humanité et la divinité de Jésus.
Nous avons entendu dans l’Évangile comment Jésus manifeste à sa façon son humanité et sa divinité. Nous avons entendu que, dans la synagogue, le fils du charpentier, Jésus, selon son habitude, entra dans la synagogue le jour du sabbat. Jésus était proche, parce que depuis plusieurs années, il se rendait dans cette synagogue, comme tout Juif, il venait honorer le jour du sabbat. Et on lit aussi que, dans la synagogue, le Fils de Dieu s’est manifesté en lisant les paroles du prophète Isaïe. Jésus a lu : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. » Il nous manifeste ainsi qu’il est certes pleinement homme, mais que le Seigneur se révèle en Lui, car il est le Fils de Dieu.
Il y a donc, pour nous, un appel à une conversion sans cesse du regard sur Jésus. Les évêques de France, à l’occasion du 1700ème anniversaire du Credo de Nicée, ont écrit :
« L’affirmation de Nicée apporte quelque chose de proprement révolutionnaire quant à l’image de Dieu, à notre compréhension de l’homme, de l’Église et de son rapport au monde. À l’opposé d’un Dieu dont la transcendance interdit une réelle proximité avec l’humanité »
Jésus nous révèle que le Fils de Dieu s’est fait le Tout Proche, pour que nous recevions de sa divinité.
Et l’Église ? L’Église est le Christ continué sur la terre.
Cette Église que nous formons ce soir, est l’Église de Jésus-Christ, Église de Laval, diocèse de la Mayenne, Église catholique en Mayenne. Cette Église, tel que nous le dit saint Jean dans l’Apocalypse, a été constituée comme « un royaume et des prêtres » ; cette Église, Dieu l’a voulue pour Lui et pour l’humanité. Cette même Église, que sainte Jeanne d’Arc évoquait en ces termes : « Le Christ et l’Église, c’est tout un. » Formule célèbre reprise, quelques siècles plus tard, par Madeleine Delbrêl. En effet, nous avons à contempler l’Église avec le même regard que nous avons contemplé Jésus, « vrai Dieu et vrai homme ». Le concile Vatican II, dans sa constitution apostolique Lumen Gentium, évoquait en ces termes l’Église :
« […] on compare [l’Eglise] au mystère du Verbe incarné. Tout comme en effet la nature prise par le Verbe divin est à son service comme un organe vivant de salut qui lui est indissolublement uni, de même le tout social que constitue l’Église est au service de l’Esprit du Christ qui lui donne la vie, en vue de la croissance du corps. » (Lumen Gentium 8).
Si Jésus a eu un corps, si Jésus a été pleinement homme, l’Église, nous disent les Pères du Concile, est aussi pleinement humaine et c’est ainsi qu’Elle nous apporte la grâce de Dieu.
Bossuet parlait de l’Église ainsi : « L’Église, c’est Jésus-Christ répandu et communiqué. » (Bossuet, Pensées chrétiennes et morales). Nous sommes « Jésus-Christ répandu et communiqué ». Ainsi, nous avons à assumer pleinement cette humanité et cette divinité. L’Église est appelée à se faire proche, à la suite de Jésus-Christ, à se faire proche de tous. L’Église est appelée à se faire proche, y compris dans son organisation, dans sa façon de vivre, dans sa façon d’être présente au monde, et dans notre diocèse. Telle est la mission que nous avons sans cesse à recevoir à mettre en œuvre : être proche, pour pouvoir témoigner de Dieu qui « habite » le cœur de l’Église.
Si le Christ est « vrai homme et vrai Dieu », si l’Église, toute humaine, est appelée à manifester la divinité, alors les prêtres, au cœur de cette Église, sont appelés à être « les serviteurs de notre joie » selon la belle expression de Joseph Ratzinger.
Les prêtres, au cœur de cette Église, sont appelés à être « les serviteurs de notre joie ».
Qu’est-ce qu’un prêtre ? C’est un homme consacré, comme Jésus. Un homme, comme chacun d’entre nous, mais un homme que le Seigneur a voulu choisir, consacrer, non pas parce qu’il était meilleur que les autres, mais parce qu’à travers lui, Il veut continuer l’Œuvre de Jésus.
Nous avons besoin de prêtres, pour continuer cette Œuvre. Que des prêtres puissent se lever parmi nous, pour continuer à être au service d’un peuple concret, qu’est l’Église catholique en Mayenne ! Ces prêtres ont donné leur vie pour vous. Ils ont donné leur vie, concrètement ici, pour pouvoir annoncer l’Évangile. Ces prêtres vous sont donnés, car ils se sont donnés pour toujours. Ces prêtres, dans quelques instants, vont renouveler les promesses de leur ordination sacerdotale. Je vais leur demander s’ils veulent « vivre toujours plus unis au Seigneur Jésus […] par amour du Christ et pour le service de son Église » (Renouvellement des promesses sacerdotales).
Ces hommes consacrés se sont donnés au service de l’Église, pour permettre à l’Église d’être proche. Les prêtres ne font pas tout, mais les prêtres sont appelés à nous guider, nous envoyer, pour qu’à notre tour, nous soyons proches de tous. Le pape François, lors d’ordinations sacerdotales à Rome, le 25 avril 2021, exhortait les prêtres qu’il allait ordonner à vivre une quadruple proximité :
- Proximité avec Dieu,
- Proximité avec l’évêque,
- Proximité avec les frères prêtres,
- Et proximité, bien sûr, avec le peuple de Dieu.
Le pape François précisait cette proximité en ces termes : « Après Dieu, la proximité la plus importante est celle avec le peuple saint et fidèle de Dieu. Aucun d’entre vous n’a étudié « pour » devenir prêtre. […] Perdez du temps à écouter et à consoler. […] Proximité et compassion. Mais une compassion tendre, avec cette tendresse de la famille, des frères, du père… avec cette tendresse qui te fait sentir être dans la maison de Dieu. » Les prêtres ont été oint sur les mains, par cette « huile de joie » et par ces mêmes mains ils nous donnent l’Eucharistie et les sacrements de l’Église. Cette proximité, et cette compassion, ils en sont d’abord les témoins, pour qu’à notre tour nous soyons témoins de cette proximité et de cette compassion pour nos frères et sœurs que nous côtoyons chaque jour.
Alors, très chers frères et sœurs, si Jésus a été vrai homme et vrai Dieu, pour se faire proche de tous, si l’Église est le Christ continué sur la terre, afin de se faire proche de tous et ainsi offrir la grâce de Dieu, les prêtres sont appelés aussi à nous aider, en étant eux-mêmes proches et fraternels pour nous donner la vie de Dieu.
Très chers frères prêtres, je m’engage à vivre avec vous de cette fraternité et de cette proximité. Je m’engage à permettre la vie fraternelle entre prêtres, dans la proximité, la compassion, et le service du Peuple de Dieu qui est en Mayenne. J’ai besoin de votre ministère pour pouvoir coopérer à l’Œuvre de Dieu. Soyez-en profondément remerciés. Amen.
+ Matthieu Dupont
Lundi Saint 14 avril 2025
Cathédrale de Laval