Homélie Solennité de l’Immaculée Conception 08 décembre 2025 Monseigneur Matthieu Dupont
« Où es-tu donc ? » Gn 3, 9
C’est par ces mots que Dieu, dans la première lecture, interpelle Adam : « Où es-tu donc ? » Alors qu’Adam et Ève ont voulus devenir les égaux de Dieu, Dieu les interpelle : « Où es-tu donc ? »
« Où es-tu donc, humanité ? » : tel est l’appel qui traverse toute l’Écriture et que nous entendons encore aujourd’hui. Notre humanité erre et se blesse elle-même par la guerre, la violence, les divisions… Notre monde en est traversé.
Mais aujourd’hui, en Marie, l’Immaculée Conception, née sans la blessure du péché originel, nous contemplons l’humanité pacifiée. Que cette contemplation de Marie nous pacifie en :
- Assumant nos peurs,
- Consentant à être fils,
- Vivant dans une Église mariale.
Assumer sa peur
Nous l’avons entendu dès la première lecture. Adam dit : « J’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché. » (Gn 3, 10). Voilà le drame de notre humanité : se cacher de Celui qui peut nous sauver. Notre humanité est blessée dans sa relation à Dieu et dans sa relation aux autres. Aujourd’hui, nous ne sommes plus capables de nous accueillir l’un l’autre. Adam et Ève découvrent qu’ils sont nus : ils se cachent l’un de l’autre, car ils ne sont plus capables de s’accueillir simplement. Marie, elle, conçue sans péché, est celle-là même qui, dans l’Évangile, certes a été bouleversée par la parole de l’ange, mais n’a pas fui. Humblement et simplement, elle a interrogé : « Comment cela va-t-il se faire ? » (Lc 1, 34). Le chemin pour assumer nos peurs est celui de la raison. Aujourd’hui, nous fêtons le 150ᵉ anniversaire de l’Université catholique de l’Ouest, nous l’avons fêté à Laval cet après-midi et c’est l’occasion de nous rappeler, selon l’expression de saint Augustin : « Credo ut intelligam, intelligo ut credam – Je crois afin de comprendre, je comprends afin de croire » (cf Sermon 43, 9). L’usage de la raison est nécessaire pour assumer nos peurs et vivre notre foi. Nous sommes, je le crois, dépositaires de ce grave devoir de réfléchir, de chercher, de comprendre. Nos universités catholiques en notre pays en sont le signe, à nous de continuer à approfondir notre foi pour pouvoir dépasser nos peurs et ainsi nous en remettre à Dieu. La paix appelle l’usage de l’intelligence. Cette intelligence déposée en nous, qui est le signe de l’image de Dieu. Alors très chers frères et sœurs, réfléchissons dans la foi, comme saint Augustin nous y invitait, comme Marie l’a fait humblement alors que l’ange Gabriel se présentait à elle et ainsi dépasser le trouble qui la traversait. Assumons nos peurs par l’intelligence et profondément, consentons à être fils.
Consentir à être fils
Dans la deuxième lecture, saint Paul nous dit : « Il nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus le Christ. » (Ep 1, 5) : il nous faut, et aider notre humanité à le faire, consentir à notre origine. Nous sommes des créatures aimées de Dieu. Nous devons consentir à avoir une origine. La tentation prométhéenne, d’être l’origine de soi-même, traverse notre temps. Notre société lutte, elle lutte pour croire qu’elle est à l’origine d’elle-même mais c’est une impasse : nous le savons bien. Nous ne sommes pas notre propre origine ; nous surgissons d’un amour, celui du Père qui a créé le Ciel et la terre et qui nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs. C’est la bonne nouvelle que nous avons à vivre et à transmettre. Cette bonne nouvelle nous l’avons reçue en Jésus Christ, celui-là même que la Vierge Marie a porté et mis au monde. Et comme nous le rappelle le Concile Vatican II, « en réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné » (Gaudium et Spes 22). En contemplant Jésus, nous pouvons contempler l’homme et le comprendre. Consentir à être fils, consentir à l’amour du Père, et ainsi éclairer notre humanité et certainement aider nos frères et sœurs, pour un grand nombre perdu, à devenir ces hommes et ces femmes debout dont le Seigneur a besoin. Ainsi, il nous faut consentir à avoir un Père, un seul Père, et la paix est un appel à considérer tout homme comme bien-aimé du Père. Par ce regard, nous introduirons nos contemporains dans cette filiation divine offerte par Jésus. Alors, vous l’avez compris, assumons nos peurs par l’usage de la raison dans la grâce de Dieu, consentons à être des fils bien-aimés du Père pour que la paix puisse advenir en nous et autour de nous. Et vivons de la grâce propre de notre diocèse, celle d’être une Église mariale.
Vivre dans une Église mariale
Vous le savez, notre diocèse compte quatre basiliques, toutes dédiées à la Vierge Marie.
Il y a 170 ans, le 8 décembre 1855, Mgr Wicart confiait solennellement le diocèse de Laval à la protection de la Vierge Immaculée. Nous avons à demeurer dans cet héritage marial. Saint Paul nous le rappelait dans la deuxième lecture : « nous sommes devenus le domaine particulier de Dieu » (Ep 1, 11). Quittons tout individualisme et toute opposition stérile pour devenir l’Église selon le cœur de Dieu. Notre Église est mariale, comme toute l’Église catholique, nous avons à faire nôtres les paroles de la Vierge Marie : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » (Lc 1, 38). Que cette parole puisse retentir dans nos cœurs, dans nos communautés, nos paroisses, nos mouvements. Soyons dociles à l’Esprit Saint pour accomplir ensemble la mission que le Seigneur attend de nous en Mayenne. Notre Église deviendra ainsi un ferment de paix. Le Concile Vatican II rappelle : « L’Église est, dans le Christ, le sacrement, c’est-à-dire le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen Gentium 1). Telle est notre mission : être signe et moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain. Que nous puissions être témoins de cette unité et ainsi être des ferments de paix, d’unité pour notre monde et pour notre Mayenne.
Alors, pour assumer nos peurs, par l’usage de la raison dans la grâce de Dieu, pour consentir à être fils en Jésus, fils d’un même Père, dans une Église mariale, ferment de paix, laissons retentir à notre cœur les paroles de l’ange : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. » (Lc 1, 30). Confions maintenant à Marie, dans le secret de notre cœur, notre diocèse.
Amen.