Homélie de Monseigneur Dupont à l’occasion de l’élection du pape Léon XIV

Homélie du dimanche 11 mai 2025 en la basilique de Pontmain, à l’occasion de l’élection du pape Léon XIV.

« L’Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur ».

Dans la deuxième lecture, tirée de l’Apocalypse, nous avons cette vision : un Agneau sur un trône, et l’auteur nous dit : « Il sera notre pasteur. »  Repartons, en ce début de pontificat du pape Léon XIV, de cette belle image de l’Agneau.

 

J’ai pu être frappé, comme un certain nombre d’entre vous, par l’émotion visible du pape Léon XIV, lorsqu’il est apparu au balcon de la basilique Saint-Pierre, les yeux humides, contemplant le peuple de Dieu qui lui était confié. Dans ses yeux, j’ai voulu y voir toute la douceur, la tendresse, mais aussi l’amour du pasteur pour le Peuple de Dieu. Car, en effet, la mission pastorale prend sa source dans l’amour. La mission du prêtre, de l’évêque, du Pape, bien sûr, prend sa source dans l’amour.

 

C’est pourquoi j’aimerais, avec vous ce matin, nous rappelé que la mission appelle l’amour du Peuple de Dieu, que la mission appelle l’humilité et que la mission appelle d’« être dans le monde ».

La mission appelle l’amour du peuple de Dieu

L’amour du peuple de Dieu, nous l’avons entendu et nous l’avons chanté par le psaume : « Reconnaissez que le Seigneur est Dieu, il nous a faits et nous sommes à lui, nous, son peuple, son troupeau. » Celui qui prétend être pasteur doit s’appuyer sur l’amour divin, amour du Peuple de Dieu comparable à l’amour d’un berger pour son troupeau.

 

La charité pastorale est le fondement de tout ministère dans notre Église. Vous le savez, j’ai été, un certain temps, recteur de séminaire et je rappelais souvent aux séminaristes que le critère ultime de la vocation sacerdotale, c’est d’aimer les gens. Et je leur disais : « Si vous n’aimez pas ceux qui vous sont confiés, vous n’êtes pas faits pour être prêtre. » Le pape Léon XIV, lorsqu’il s’adressait aux cardinaux hier, leur rappelait l’importance de « l’attention affectueuse aux plus petits et aux laissés-pour-compte ».

 

Cette affection, il nous faut la vivre, nous, pasteurs, avec l’Église. Léon XIV donnait encore hier ces points d’attention aux mêmes cardinaux en s’appuyant sur l’enseignement de François dans Evangelii Gaudium (EG) : « la conversion missionnaire de toute la communauté chrétienne (EG 9), la croissance dans la collégialité et la synodalité (EG 33), l’attention au sensus fidei (EG 119-120), en particulier dans ses formes les plus authentiques et les plus inclusives, comme la piété populaire (EG 123) ». L’amour du peuple de Dieu, c’est être avec le peuple de Dieu, avec l’Église. Cette attention ici évoquée au sensus fidei, c’est-à-dire au sens de la foi, c’est-à-dire que chacun d’entre nous, par le baptême a comme ce « flair de la foi », comme aimait à dire le pape François. Ce sensus fidei nous oriente vers Dieu. Et, ici en ce sanctuaire diocésain de Notre-Dame de Pontmain, nous le savons bien. Ici, la piété est simple. Ici, ceux qui viennent, viennent tout simplement au nom de leur foi, poser des gestes simples de la piété populaire.

 

Le pape Léon XIV nous le rappelait : il nous faut être avec l’Église. Mais, il nous rappelait aussi, à la suite de saint Augustin que, s’il voulait être chrétien avec nous, pour nous, il voulait être évêque :

 

« Avec vous je suis chrétien. Pour vous, je suis évêque. »

Ainsi, dès les premiers gestes de son pontificat, je crois que le pape Léon XIV a voulu manifester l’amour du peuple de Dieu, par ses yeux empreints de quelques larmes, par ses paroles, par son affection. À nous de nous laisser toucher par la douceur de ce pape qui, tel un agneau, se présente à nous. Si l’amour du peuple de Dieu est la source de la mission pastorale, cette mission pastorale appelle l’humilité.

 

La mission appelle l’humilité.

L’Agneau, par nature, est humble. L’Agneau n’est pas un conquérant, un dominateur : il est celui qui se présente au sacrifice. Le pape Léon disait encore aux cardinaux hier : « Le pape, depuis saint Pierre jusqu’à moi, son indigne successeur, est un humble serviteur de Dieu et de ses frères, et rien d’autre. » « Un humble serviteur de Dieu. » Voilà une belle leçon pour nous, prêtres, évêques.

 

Cet humble serviteur de Dieu, Léon XIV continuait en disant, dans sa première homélie vendredi, qu’il était appelé à « disparaître pour que le Christ demeure, à se faire petit pour que le Christ soit connu et glorifié ». C’est pourquoi, c’est le Christ qu’il nous faut regarder, le Christ pasteur, l’unique pasteur. L’humilité du pasteur, c’est de diminuer pour que le Christ soit vraiment rendu présent. Il l’évoquait aux cardinaux comme un premier point d’attention : « le retour à la primauté du Christ dans l’annonce » (EG 11). Alors, ne nous trompons pas : lorsque nous considérons notre nouveau pape, nous ne le considérons pas pour lui-même, nous le considérons parce qu’il nous rend présent, il nous désigne le Christ, le seul pasteur. Sans cesse, nous devons nous le rappeler.

 

Il évoquait encore dans sa première homélie : « Il est essentiel de répéter : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » (Mt 16, 16) » Il est essentiel de le faire avant tout dans notre relation personnelle avec Lui, dans l’engagement d’un chemin quotidien de conversion ». L’humilité appelle le service, l’humilité appelle de désigner le Christ, l’humilité appelle la conversion, notre pape nous l’a rappelé dès ses premiers mots.

La mission appelle d’« être dans le monde »

Nous avons entendu, dans les Actes des Apôtres, cette citation d’Isaïe : « J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »  Le pape Léon nous l’a rappelé : pour aller aux extrémités de la terre, il nous faut être de notre temps. Nous sommes appelés à être de notre temps, sans nostalgie d’un temps prétendu « âge d’or » qui nous aurait précédé, et sans sur-anticipation d’un âge qui viendrait. Il nous faut être « d’ici et de maintenant », être séculiers, c’est-à-dire être pleinement dans le monde d’aujourd’hui.

 

Le pape Léon l’évoquait avec les cardinaux, avec ce défi : « Il nous faut répondre à une autre révolution industrielle et au développement de l’intelligence artificielle, qui posent de nouveaux défis pour la défense de la dignité humaine, de la justice et du travail. » Par ces mots, il voulait aussi donner le sens de son nom : Léon XIV, successeur lointain de Léon XIII, celui qui, à la fin du XIXème siècle, a posé les bases de la doctrine sociale de l’Église, celui qui s’est intéressé aux réalités sociales. Nous ne pouvons pas nous désintéresser de notre monde et des réalités sociales. Nous ne serions pas fidèles à aux appels du Christ.

 

Alors, cette fidélité doit se réaliser dans le monde, et notre pape l’a rappelé, dans le dialogue, la relation, « le dialogue courageux et confiant avec le monde contemporain, dans ses diverses composantes et réalités » (Concile Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et spes, 1-2). N’ayons pas peur de ce monde, n’ayons pas peur d’être au cœur du monde, sans y être enfermés. Ainsi, être dans le monde, c’est choisir de vivre de ce temps, c’est choisir d’entrer en relation avec les hommes de ce temps, et c’est aussi choisir de vivre dans le monde de l’unité qui prévaut dans la Trinité, comme nous l’a rappelé Jésus dans l’Évangile. Jésus est un avec son Père, dans l’Esprit. Il nous faut, chers frères et sœurs, nous aussi, tenir ce poste. Le pape Léon nous y invite, à sa façon, par les premiers gestes de son pontificat.

 

 

Alors, il nous faut aimer le Christ, aimer le Christ avec et dans l’Église, et aimer le Christ avec et dans l’Église pour le monde. Que cela soit l’occasion pour nous de prier particulièrement maintenant : pour le pape Léon, pour les évêques qui lui sont unis dans le collège épiscopal, pour les prêtres, et pour tous ceux qui, aujourd’hui, se posent la question de devenir serviteur dans l’Église en devenant prêtre. Nous avons besoin de prêtres pour être ces serviteurs qui nous fassent sentir l’amour de Dieu pour son Peuple, qui soient humbles et qui annoncent l’Évangile du Christ dans le monde.

 

Amen.

 

+ Matthieu DUPONT

    Évêque de Laval

Basilique Notre-Dame de Pontmain

11 mai 2025

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