Homélie de la messe d’ordination de Bruno Quentin, en la Cathédrale de Laval, 31 octobre avril 2026
« On les mettra d’abord à l’épreuve » (1 Tm 3,10)
Rassurez-vous, Bruno, Bérengère : cette épreuve, si j’ose dire, vous l’avez passée ! Par contre, il nous faut certainement découvrir, avec vous, comment la préparation au diaconat implique de vivre un temps pascal, c’est-à-dire de passer par une certaine mort et une certaine résurrection pour devenir « serviteur de la communauté », « ministre de la communauté ».
Ce passage par la mort et la résurrection réalise la vie chrétienne et donc aussi tout ministère dans l’Église. J’aimerais simplement, avec vous, reprendre ce service de la communauté que le diacre réalise, en nous rappelant que ce service de la communauté vient d’un appel lointain, que ce service de la communauté appelle la mobilité et que ce service de la communauté appelle l’amitié avec le Christ.
1. Un appel lointain.
Vous avez entendu, nous avons entendu dans la première lecture comment Jérémie entend le Seigneur lui dire : « Ne dis pas : « Je suis un enfant ! » » (Jr 1,7).
En effet, nous ne sommes plus des enfants et pourtant nous l’avons été. Nous avons vécu cette expérience de la croissance, de la jeunesse, où tout est en germe et tout demande à éclore. Cette croissance, elle appelle parfois des deuils, elle appelle aussi un plus de vie et elle appelle surtout de se souvenir, comme nous dit le prophète Jérémie, qu’ « Avant même de nous façonner dans le sein de notre mère », Dieu nous connaissait. (Jr 1, 5). « C’est moi qui vous ai choisis et établis. » (Jn 15, 16). Mystérieusement, il nous faut considérer aujourd’hui votre appel au diaconat, Bruno, d’abord enraciné dans votre vie, Bruno avec Bérengère.
Ainsi, nous sommes appelés à croître et nous sommes appelés aussi à ne pas avoir peur, comme je le disais en ouverture, de l’épreuve pascale, c’est-à-dire, de cette croissance qui va appeler quelques morts en nous, de cette déchirure de la chrysalide que nous sommes. Jérémie nous le dit : « Je suis avec toi pour te délivrer. » (Jr 1, 8). Nous l’avons chanté dans le psaume : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal. » (Ps 22, 4). Je crois qu’il nous est bon de ne pas idéaliser mais de pouvoir au contraire grandir, grandir profondément dans cet appel du Seigneur. Je dis ça pour vous, Bruno et je dis ça aussi à tous mes frères diacres et prêtres. Cet appel du Seigneur que vous avez reçu, vous éprouve, nous éprouve en s’enracinant dans notre vie.
Car en effet, notre vie est préparatoire à la réponse à l’appel. La vie familiale, la vie conjugale : tout cela a permis à Bruno, grâce à vous, chers enfants, chère Bérengère, de pouvoir aujourd’hui se présenter mystérieusement à l’appel du Seigneur et ainsi d’être ordonné diacre. Car en effet, le Seigneur, à travers toute notre vie, nous prépare et nous laisse libre. Ainsi, cet appel lointain nous porte afin que nous ne disions plus : « Je suis un enfant. » (Jr 1,7).
2. Le diaconat appelle la mobilité.
La mobilité, comme Jérémie l’évoquait lorsqu’il met sur les lèvres de Dieu cette invitation : « Tu iras vers tous ceux à qui je t’enverrai. » (Jr 1, 7), est la mobilité d’un « ministre de la communauté » puisque, par la grâce de l’ordination, le diacre n’est plus laïc et devient ministre de l’Eglise, c’est-à-dire serviteur.
Ainsi, il est celui qui n’aura de cesse d’aller du choeur au parvis. Non pas pour résider uniquement dans le choeur, non pas pour résider uniquement sur le parvis, mais pour sans cesse ramener au choeur, accompagner, tous ceux qui se sentent empêchés de rejoindre nos communautés. Ceux qui se sentent empêchés parce qu’ils ne peuvent venir physiquement. Ceux qui sont dans nos hôpitaux, dans nos prisons, ceux qui ne se sentent pas dignes, ceux qui ne croient pas avoir la connaissance suffisante, tous ceux qui ont besoin du ministère du diacre pour pouvoir être en lien avec la communauté et
ainsi demeurer dans l’amour que la communauté vit en réponse à l’appel de Dieu
transmis par saint Jean dans l’Évangile : « Demeurez dans mon amour. » (Jn 15, 9). Par votre ministère, chers frères diacres, vous permettez que ceux qui se sentent empêchés soient liés à la communauté. Vous permettez que, du parvis à la porte, ils accèdent au chœur, physiquement ou par votre ministère.
Ainsi, votre triple diaconie, service de la liturgie, de la parole et de la charité, prend tout son sens. En tant que ministre de la communauté, vous permettez par ce service à tous ceux qui se sentent éloignés d’être rejoints et de pouvoir rejoindre la communauté.
Le service de la Liturgie, service du sacrifice eucharistique. Là où se vit concrètement ce que saint Jean nous a dit : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ce qu’on aime. » (Jn 15,9). Dans la liturgie eucharistique, le Seigneur se donne à nous, à nous de le recevoir, à vous, chers frères diacres, de le porter à ceux qui ne peuvent être ici.
Le service de la parole. La première lecture nous rappelle que c’est Dieu qui met dans notre bouche sa parole : « Voici, je mets dans ta bouche mes paroles. » (Jr 1,9). Il les met dans notre bouche, non pas pour que nous les répétions comme des perroquets, mais que nous les intégrions. Que cette parole soit réellement notre langue maternelle et qu’ainsi nous puissions nous adresser à ceux qui nous sont confiés au nom même de Dieu.
Le service de la charité. Mettant en oeuvre ce que nous dit saint Jean dans l’Évangile : « Voici ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. » (Jn 15, 17). Ces trois services de la liturgie, de la parole et de la charité n’en font qu’un. Ils sont au service de la communauté qui veut aller au loin chercher ceux qui peinent à nous rejoindre. Ainsi, le diacre, par essence, est mobile. Mobile peut-être physiquement, mais surtout mobile intérieurement. Il ne se fige pas. Il ne dit pas : « On a toujours fait comme ça, Monseigneur ». Il est capable d’aller plus loin sans cesse. Et cela n’est pas si facile, très chers frères diacres, vous le savez par l’expérience.
Alors, si par l’appel vous avez été invité, Bruno, à puiser dans votre vie à reconnaître que le Seigneur vous a fait éclore, notamment par votre vie familiale et conjugale, si vous voulez embrasser ce ministère de la communauté en direction des « empêchés » par le service de la liturgie, de la parole, de la charité, tout cela, vous ne pourrez le faire que dans l’amitié avec le Christ.
3. L’amitié avec le Christ.
Car en effet, Jésus ne nous « appelle plus serviteurs, il nous appelle ses amis ». (Jn 15, 15). Cette amitié, j’ose le dire, est configuratrice, c’est-à-dire qu’elle va vous permettre, tout au long de votre ministère, d’être configuré toujours plus au Christ serviteur et ainsi pouvoir être ce que le Seigneur désire pour son Eglise, par vous.
Pour vivre cette amitié, j’ose vous donner un modèle : celui de saint Jean-Baptiste. Saint Jean-Baptiste, l’ami de l’époux, celui qui va permettre la rencontre avec le Christ, qui va permettre à l’Église de rencontrer le Christ tout en se retirant. Par nature, le diacre est appelé à diminuer pour que le Christ soit rendu présent. Tel est le beau ministère que vous vous apprêtez à embrasser. Vous l’avez compris : un ministère marqué par l’amitié avec le Christ.
Enfin, cette amitié est source de joie. La joie de pouvoir contempler ceux qui sont éloignés, rencontrer la communauté et donc le Christ. Que la joie du Seigneur soit en vous « et que votre joie soit parfaite. » (Jn 15, 11). Ne lâchez pas l’amitié avec le Christ.
Très chers frères et soeurs bien-aimés, ordonner un diacre, c’est aussi une interpellation pour nos communautés. Nos communautés sont appelées à être diaconales par nature. Tout ne repose pas sur les diacres. Les diacres sont au milieu de nous le rappel que nous avons à avoir le souci de ceux qui sont plus loin. Ils sont le rappel pour nous d’être de véritables communautés diaconales. Vous le savez, j’ai besoin de diacres pour pouvoir manifester dans nos communautés, au plus près, ce service, cette attitude essentielle de la vie de l’Église. Alors, priez. Prions pour que d’autres hommes, à la suite de Bruno, puissent se sentir appelés, interpellés et ainsi répondre à l’appel du Seigneur, car nous en avons besoin. Amen.
✠ Matthieu DUPONT
Evêque de Laval