Bienheureux Jacques Burin : jusqu’au bout fidèle au Christ

Curé de campagne, proche des pauvres et profondément attaché à l’Église, Jacques Burin aurait pu choisir la prudence face aux violences de la Révolution française. Il préféra rester auprès de ses paroissiens, célébrer les sacrements dans la clandestinité et assumer jusqu’au bout les conséquences de sa fidélité au Christ. Retour sur le parcours du bienheureux Jacques Burin, l’un des grands témoins de la foi en Mayenne.

Au cœur des bouleversements de la Révolution française, la Mayenne a vu émerger une figure de sainteté dont le témoignage demeure vivant aujourd’hui : le bienheureux Jacques Burin. Prêtre de campagne, proche des plus pauvres, il a choisi de rester fidèle à sa conscience et à l’Église jusqu’au sacrifice de sa vie.

Né le 6 janvier 1756 à Champfleur (72), Jacques Burin grandit dans une famille chrétienne modeste. Très tôt, il ressent l’appel au sacerdoce. Il poursuit ses études à l’école royale d’Alençon dirigée par les Jésuites, puis au séminaire du Mans. Ordonné prêtre en 1779, il exerce d’abord son ministère comme vicaire dans le canton de Mamers avant d’être nommé curé de Saint-Martin-de-Connée en 1788.

À son arrivée, le jeune prêtre découvre une paroisse marquée par la pauvreté. Sur près de 1 900 habitants, plusieurs centaines vivent dans une grande précarité. Jacques Burin se met alors au service des plus démunis, partageant avec eux ses ressources et se faisant proche de chacun. Son ministère est celui d’un pasteur simple, attentif et généreux.

La fidélité dans la tourmente révolutionnaire

Mais l’histoire bascule. En 1789 éclate la Révolution française. L’année suivante, la Constitution civile du clergé impose aux prêtres un serment de fidélité au nouvel ordre établi. Pour de nombreux ecclésiastiques, ce texte remet en cause leur communion avec l’Église et le pape.

Jacques Burin refuse de prêter serment. Après avoir tenté de retarder l’échéance, il affirme publiquement son attachement à Rome et à la foi catholique. Ce choix fait de lui un « prêtre réfractaire ».

Dénoncé aux autorités révolutionnaires, il est arrêté puis emprisonné à Sainte-Suzanne. Son ministère semble alors interrompu. Pourtant, les événements prennent une tournure inattendue lorsque des Chouans parviennent à libérer plusieurs prisonniers, parmi lesquels le curé de Saint-Martin-de-Connée.

Retrouvant la liberté, Jacques Burin refuse de fuir. Il choisit au contraire de revenir clandestinement auprès de ses paroissiens.

Trois années de ministère clandestin

Commence alors une vie de discrétion et de danger. Sous le nom de « Monsieur Sébastien », il poursuit secrètement son ministère. Déguisé en marchand de tissus, il sillonne les chemins de la Mayenne pour célébrer les sacrements, entendre les confessions, bénir les mariages et visiter les malades.

Durant près de trois ans, il vit dans la clandestinité. Chaque déplacement peut lui coûter la vie. Pourtant, il continue sa mission avec détermination.

Cette fidélité atteint son sommet à l’automne 1794. Trois jours avant sa mort, il célèbre encore un mariage sur la commune de La-Chapelle-au-Riboul. Puis il se rend au village des Desjeannettes, sur la paroisse de Loupfougères, où il célèbre la messe peu après minuit. Appelé à la ferme du Petit-Coudray, Jacques Burin poursuit son chemin. Des habitants tentent de l’alerter sur le risque qu’il prend en se rendant dans cette ferme pour confesser deux femmes, qui ne leur semblent pas dignes de confiance. À cela, l’abbé Jacques Burin répond :

 » On m’attend au Petit-Coudray, je brûle de m’y rendre« 

La suite de l’histoire, c’est Monsieur Roulant, fils du propriétaire de la ferme, qui la racontera 50 ans plus tard :

 » Il [L’abbé Jacques Burin] y arriva dès 2 heures du matin. Il devait prendre un peu de repos dans notre grange, où mes parents lui avaient préparé un lit; mais à son arrivé, mon père (M. Roulant) lui fit observer qu’il n’était pas prudent de s’arrêter au Petit-Coudray; le bruit courait que la colonne mobile d’Evron, alors à Courcité, devait venir perquisitionner dans le pays : ne ferait-il pas mieux de s’éloigner quelques jours ? « J’ai  donné ma parole, répondit Jacques Burin,  je la tiendrai  »  » Il s’agit d’âmes à sauver. A la grâce de Dieu !  » 

Malgré le danger, Jacques Burin refuse de renoncer à son devoir de prêtre.

« J’irai les confesser, même si je dois donner ma vie », aurait-il déclaré.

Le martyre d’un prêtre mayennais

À l’aube du 17 octobre 1794, des soldats surgissent aux abords de la ferme et tire en direction de l’abbé Jacques Burin. Une première balle le blesse. Une seconde l’atteint mortellement.

Le prêtre tombe sous les coups de ceux qui veulent faire taire sa foi. Son corps est dépouillé puis abandonné sur un tas de fumier. Les propriétaires de la ferme, revenus plus tard, l’ensevelissent discrètement dans un champ voisin.

Quelques mois après sa mort, un autre prêtre clandestin, l’abbé Ripault, fait ouvrir la sépulture. Afin de préserver l’identité du martyr, il place sous son crâne une ardoise portant une inscription en latin attestant son nom et les circonstances de sa mort.

Le corps est alors à nouveau enterré.

Une mémoire qui traverse les générations

Pendant plus d’un demi-siècle, le souvenir de Jacques Burin demeure vivant dans la population locale. En 1846, le curé de Saint-Martin-de-Connée, l’abbé Chauveau, entreprend des recherches pour retrouver sa dépouille.

Guidé par les derniers témoins des événements, il parvient à localiser la tombe. Lors de l’exhumation, plusieurs récits évoquent un rayon lumineux apparaissant au-dessus de la sépulture.

Le corps est alors transporté solennellement à travers plusieurs villages avant d’être inhumé dans l’église de Saint-Martin-de-Connée. 

Reconnu comme martyr de la foi, Jacques Burin est béatifié en 1955 par le pape Pie XII avec les autres martyrs mayennais de la Révolution française. Cette reconnaissance intervient alors que le diocèse de Laval célèbre son centenaire.

Plus de deux siècles après sa mort, son témoignage continue d’inspirer les fidèles mayennais. Chaque année, un chemin de croix est organisé jusqu’au sanctuaire de Notre-Dame du Chêne, où ses reliques sont vénérées.

La vie du bienheureux Jacques Burin rappelle que la sainteté ne naît pas d’exploits extraordinaires, mais d’une fidélité quotidienne au Christ. Curé de campagne, proche des pauvres, il a choisi de demeurer fidèle à sa mission lorsque tout l’invitait à renoncer.

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